Arun Gandhi, un des petits-fils du Mahatma Gandhi, a publié un livre intitulé en français Le pouvoir de la colère, son titre original étant The Gift of Anger*. Or, qu’on la qualifie de pouvoir ou de don, peut-on dire que la colère soit une émotion constructive, surtout en la reliant à la philosophie de Gandhi ?
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Les dictionnaires nous parlent de la violence de la colère et nous disent que le mot grec d’origine, kholera, renvoie à une « maladie de la bile ». On est « en proie à la colère », on est « emporté par la colère », on est « dominé par la colère », on est « hors de soi » : tout cela nous indique que la colère correspond à une absence ou à une perte de maîtrise de soi. Donc, rien de bien recommandable. Rien qui ressemble à de la sagesse.
Par contre, on donne un autre sens au mot colère, lorsque l’on parle de la « colère du vent et des flots ». Dans l’Apocalypse, au chapitre 16, on parle aussi des « sept coupes de la colère de Dieu » déversées sur la Terre par les sept anges et sous son ordre.
Dans le cas de Dieu ou de la violence des éléments, la colère est juste et elle n’est pas le résultat d’un manque de maîtrise de soi. La colère de Dieu est une juste rétribution ; car ce sont, en réalité, les actes des humains qui sont la cause de la violence qu’ils récoltent en retour.
Dans le cas des éléments de la nature, ce peut être aussi le cas : les dommages causés à l’environnement par les humains ont des répercussions sur ceux-ci. Les humains sont donc, encore ici, responsables de cette violence qui revient sur eux.
De ce fait, pour la justice divine ou pour les forces de la nature, il ne peut être question de perdre le contrôle de soi. Dans ces cas, la colère doit prendre un autre sens, qui n’est pas celui des définitions habituelles.
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Cependant, l’expression Pouvoir de la colère, utilisée par l’auteur, nous laisse perplexes dès le départ.
L’auteur est le petit-fils du Mahatma Gandhi, la « grande âme » à la tête du mouvement de la non-violence qui a mené à l’indépendance de l’Inde et qui a inspiré des personnes comme Martin Luther King dans son combat pour les droits civiques.
À l’âge de douze ans, les parents d’Arun Gandhi l’envoient vivre chez son grand-père dans son ashram en Inde pendant deux années, afin que celui-ci lui vienne en aide. Car, comme il l’écrit lui-même, il était un jeune homme rempli de colère, à cause de la ségrégation et du harcèlement dont il avait été victime en Afrique du Sud où il vivait avec ses parents.
En premier lieu, son grand-père lui donne l’exercice de tenir un « journal de la colère », non pour se défouler, mais pour qu’il comprenne l’origine des conflits qui le perturbent. La colère résulte d’une perte de maîtrise de soi et pour la maîtriser, il faut en comprendre les origines.
« Les attaques, les critiques et les menaces de punition se retournent contre ceux qui les profèrent, autant chez les enfants que chez les adultes. Nos relations coléreuses aggravent le conflit. » – Au contraire, « la capacité à comprendre le point de vue de quelqu’un d’autre et le pardon sont les signes d’une force véritable » (p. 27).
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En fait, telle qu’elle nous est expliquée, la façon d’utiliser la colère « à bon escient » est de la transformer en résolution puis en conviction. Nous devenons alors le maître de cette énergie, nous la dirigeons dans un but constructif, et nous n’en sommes plus la proie.
« Un “non” formulé par la conviction la plus profonde vaut mieux qu’un “oui” qui n’est là que pour plaire ou, pire encore, pour s’éviter des ennuis », disait Gandhi à son petit-fils (p. 39).
Il s’agit donc d’avoir le courage de ses convictions, ce qui ne signifie pas d’utiliser sa liberté d’expression pour dire n’importe quoi et encourager la violence et la vulgarité, puisque nos paroles influencent le monde dans lequel nous vivons.
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Le titre Le pouvoir de la colère peut sembler trompeur, car il ne s’agit pas de valoriser la colère. Nous devons au contraire la maîtriser et utiliser son énergie dans notre lutte non violente pour la vérité, comme disait Gandhi, un combat qui se fait d’abord avec soi-même.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Arun Gandhi, Le pouvoir de la colère, Hachette Livre (Marabout), 2018. Traduction de : The Gift of Anger, Simon & Schuster, New York, 2017.