En 1764, Cesare Beccaria, dans son livre Des délits et des peines (1), nous parle clairement, dès le premier paragraphe de son « Avis au lecteur », de l’histoire des lois humaines et de leurs origines « barbares » :
« Quelques restes des lois d’un ancien peuple conquérant, compilés sur l’ordre d’un prince qui régnait à Constantinople il y a douze siècles, mêlés ensuite à des coutumes lombardes et englobés dans le volumineux fatras de commentateurs privés et obscurs : voilà ce qui forme la tradition d’opinions qui, dans une grande partie de l’Europe, porte néanmoins le nom de lois. Et c’est chose funeste, mais commune aujourd’hui, de voir une opinion de Carpzovio, un antique usage signalé par Claro, un supplice suggéré avec une hargneuse complaisance par Farinaccio passés au rang de lois que suivent sans hésitation ceux qui ne devraient disposer qu’en tremblant de la vie et des biens des hommes. »
Il convient de souligner ici la fin de ce paragraphe, selon laquelle on ne doit juger « qu’en tremblant » du destin d’une personne. Le Message du Graal nous dit à ce propos que le juge porte l’entière responsabilité de ce qu’il fait dans l’exercice de sa fonction (2).
Mais cela signifie-t-il que nous, le commun des mortels, serions exempts de toute responsabilité à cet égard ? Assurément, non ! Nous devons, nous aussi, nous garder d’un jugement trop hâtif et superficiel, ne serait-ce qu’en paroles ou en pensées, car ces paroles et ces pensées mènent, elles aussi, collectivement, à des actes répréhensibles.
Nous devons, nous aussi, ne juger « qu’en tremblant », surtout quand nos jugements reposent, ce qui est le plus souvent le cas, que sur des quand-dira-t-on, des rumeurs, et que les courants d’opinions nous influencent plus qu’on ne peut le croire.
D’autant plus que ces courants peuvent être manipulés avec de mauvaises intentions. Nous sommes parfois manipulés comme des marionnettes : soyons conscients de ces fils cachés.
Mais sachons qu’il y a aussi des fils invisibles utiles, des fils secourables et lumineux qui peuvent nous aider, si nous les saisissons volontairement. Ce sont les fils des vertus qui nous apportent la force et appuient notre bon vouloir.
De toute façon, ne jugeons les autres « qu’en tremblant » et consacrons nos efforts à corriger ce qui fait plutôt défaut en nous. En sachant que la force nous est donnée pour le faire. Il ne nous reste qu’à demander cette force et à saisir les fils qui peuvent nous aider.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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