Le poète Pierre Morency est un ami, mais il ne le sait pas. Ceux qui écrivent et publient ont ainsi plein d’amis sans le savoir. Ils peuvent les ressentir, un oiseau peut leur souffler leurs noms à l’oreille, mais en tant que lecteur, comme dans nos amitiés et nos amours, il vaut mieux dire à ceux qu’on aime qu’on les aime – que ce soit pour leur présence ou par leurs œuvres.
Pierre Morency, de qui j’avais particulièrement aimé les trois tomes de ses Histoires naturelles du Nouveau Monde, vient tout juste de publier chez Boréal un recueil de poèmes et de proses intitulé Grand Fanal, respirant le même air que les poètes chinois d’autrefois, comme celui qu’il cite en exergue (Yuan Mei), ou les moines voyageurs et poètes comme Bashô.
Dans ce recueil, le thème de la mort, de la « douce mort » – süsse Tod, comme dans le titre de Bach qu’il cite –, revient plus souvent, avec l’âge qui avance, mais avec douceur et sérénité, comme le fleuve que l’on regarde le soir à partir du quai.
Sans vouloir faire dire à l’auteur ce qu’il n’a pas dit directement, on pourrait voir dans les quatrains suivants des méditations sur le passage vers l’au-delà que l’on appelle la mort :
« Nous allons entrer sous la voûte incroyable / Où d’étranges joyaux révèlent des clartés / Aussi anciennes que les premières constellations. / Nous hésitons sur le seuil / Avant que ne s’ouvrent les yeux de nos yeux. »
« Avoir devant soi une heure seulement / Pour refaire en mémoire tous les chemins foulés. / Une seule minute peut-être et voilà / Qu’arrive un infini. De la falaise blanche il vient / Poser la chaleur d’une main sur ton front. »
Et puis ailleurs : « Avoir une vie devant soi va peut-être suffire / Pour construire de ses mains la maison du retour. » Quelle serait cette maison du retour ? Vers où pourrions-nous retourner, après cette vie ? Ne serait-ce pas vers la patrie d’origine de notre esprit, notre esprit voyageur, de passage sur cette Terre ?
Mais ce n’est là que le début de ce recueil tout calme et serein, que vous pourrez lire à votre manière. Et j’envoie mon appréciation à l’auteur par les airs, sur les ailes d’un oiseau de son choix.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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Poète et auteur radiophonique, Pierre Morency est aussi ornithologue.