« Depuis les premiers temps, l’humanité a baigné dans un océan de temps », écrit l’anthropologue Edward T. Hall (The Dance of Life).
J’aime bien cette image qui nous sort un peu de la conception linéaire du temps à une vitesse. Le temps ne suit pas une direction unique, il est un grand océan dans lequel nous voyageons, suivant des parcours à des vitesses différentes.
Nous avons tous entendu parler du temps qui ralentit lors d’un accident ou lorsqu’on tombe d’une hauteur, par exemple. Notre état de conscience, dans ces moments exceptionnels, nous permet de peser diverses options pour notre survie en l’espace de seulement quelques secondes.
En bref, nous avons tous fait l’expérience de la vitesse variable du temps, selon notre état de conscience.
L’horloge, cette invention relativement récente dans l’histoire humaine, peut-elle refléter cette variabilité de l’expérience que nous faisons du temps ?
Pendant longtemps et jusqu’à très récemment pour certains peuples, nous dit l’anthropologue, l’horloge n’était d’aucune utilité et le temps ne se comptait pas par heures, et encore moins par minutes.
L’horloge fonctionnait plutôt par saisons : la saison des bleuets, du retour des saumons ou des oies sauvages ; le bon temps pour tel semis et telle récolte ; le tout associé au cycle lunaire (le mois) et au cycle solaire (l’année).
Pour cela, la nature parlait d’elle-même sans qu’on ait besoin d’un calendrier accroché au mur.
Depuis toujours, les humains comme les animaux possèdent des « horloges » internes qui guident leurs actions saisonnières.
Les outils
La fabrication d’outils n’est pas inutile, loin de là, mais chaque invention a eu en même temps comme résultat de nous faire perdre certains acquis.
L’écriture a affaibli la mémoire et la tradition orale. Les véhicules et les outils mécanisés nous ont fait perdre la forme physique, les intérieurs confortables nous ont coupés de l’extérieur, du soleil et du plein air.
Le développement de l’intellect nous a coupés, en partie, de l’intuition et du lien avec la nature, de la connaissance vécue des animaux, des plantes et des éléments, sans parler des parties plus subtiles du monde.
Dans l’état actuel des choses, le « vacarme » de la technologie risque de nous couper de plus en plus du naturel, quand le téléphone et les écouteurs sur les oreilles se substituent à la réalité. Comme lorsque l’intellect fait ombrage à l’intuition, et la technique à l’inspiration.
En bref, les outils ne sont pas à craindre, ils sont là pour nous aider. Mais c’est l’usage que nous en faisons qui est à questionner, et en particulier l’usage excessif, et tout ce qui nous éloigne de la Nature.
L’intellect lui-même est un outil dont le rôle est de nous servir, de servir notre moi spirituel, et non l’inverse.
Normand Charest pour les Publications du Graal