Dans Guerre et Paix, Tolstoï rejette la thèse des historiens selon laquelle la marche de l’Histoire serait déterminée par le génie des grands hommes.
Selon lui, il n’en est rien. L’histoire des peuples est déterminée par une abondance de facteurs divers et par des lois que l’on ignore et qu’on nomme « hasard » par ignorance de celles-ci.
Il dit par exemple que la défaite de Napoléon en Russie en 1812 n’était pas due à un grand homme quelconque, ni à l’empereur Alexandre, le tsar, ni à aucun des généraux russes parce qu’aucune de leurs stratégies n’a pu être réalisée dans la confusion générale.
La victoire contre l’armée française est due au vouloir des Russes, du peuple russe de mourir pour défendre son territoire.
Le courant irrésistible des citoyens souhaitant défendre leur terre à tout prix a mené à la victoire. Seul le commandant en chef des armées avait reconnu ce vouloir, et lui-même n’a pas été reconnu comme un grand homme par l’Histoire.
Tandis que ce long récit de presque 2000 pages nous montre comment Napoléon, jusqu’alors reconnu comme un génie, et d’abord par lui-même, comment Napoléon « le Grand » était en réalité petit et centré sur lui-même.
C’est aussi une grande réflexion sur la fausse notion de génie et l’idolâtrie devant de supposés grands hommes.
Ni hasard ni génie
La marche de l’histoire ne serait donc due ni au hasard ni à l’action de quelques génies menant les foules.
Parmi les « lois en partie inconnues », il faudrait d’abord compter sur la loi de la rétroaction, appelée aussi karma, selon laquelle nos actions (actes, paroles, pensées) ont des réactions de même genre et que ces effets retombent sur leurs auteurs (rétroaction).
Comment nos actions et rétroactions individuelles peuvent-elles se combiner pour former le destin des nations ? Voilà le grand mystère, mais un mystère qui résulte seulement de notre incapacité à comprendre la grandeur de ces lois qui régissent les mondes jusque dans les plus petits détails.
Normand Charest pour les Publications du Graal