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Chronique

La pièce Antioche de Sarah Berthiaume (publiée aux éditions de Ta Mère en 2017) met en scène deux amies adolescentes : Jade, fille d’aujourd’hui dans sa chambre au sous-sol d’un bungalow de banlieue, et Antigone, le personnage d’une tragédie de Sophocle vieille de 2500 ans… mais qui semble vivre avec Jade. Elles sont toujours ensemble.

Antigone est morte mais reste liée à la Terre, à cause des rites funéraires non respectés (c’est dans la pièce de Sophocle), tout en demeurant le symbole de la « révolte adolescente ». D’ailleurs, elle a toujours 16 ans, comme Jade, et va à la même école. La seule différence, c’est qu’elle porte une toge et n’a aucun intérêt pour les boutiques de vêtements.

Cette révolte adolescente est une réaction à l’apparente absurdité de la vie, mais elle comprend aussi une recherche de sens, puis l’impression d’être seule à constater cela.

« Naître, travailler, consommer, mourir », dit Jade, « tu trouves pas que c’est absurde ? (…) T’as pas l’impression qu’il faut qu’il y ait quelque chose de plus ? Un sens ? Un but ? Je veux dire, à part devenir riche ou posséder des cossins… (…) Pis ça te révolte pas de penser qu’on est toutes seules à trouver ça ? » (p. 30)

Réponse d’Antigone, qui ne parle pas comme dans une tragédie grecque, mais bien à la manière de Jade : « C’est quoi, là, tu penses que la quête de sens, c’est nouveau ? Que c’est toi qui as inventé ça ? Tu penses-tu que t’es la première à te demander à quoi ça sert, la vie ? Non, madame ! Ça fait des siècles que ça existe ! Des millénaires, même ! Je suis l’archétype de la révolte adolescente qui se bat contre l’ordre établi. Je suis même morte à cause de cela ! » (p. 31)

L’impression d’être « emmurée »

Dans la pièce de Sophocle, Antigone est morte « emmurée vivante ». Un fait horrible, si on le prend de manière littérale — et l’histoire est riche de telles cruautés —, mais l’image est juste si on la comprend de manière symbolique. 

Dans la pièce de Sarah Berthiaume, cette dimension symbolique est bien présente. À la question de Jade sur ce que cela fait de mourir emmurée, Antigone répond : « C’était… comme ici. » On s’emmure dans des bureaux, des maisons… On n’est « ni capables de mourir », ni « capables de vivre », « on est emmurés vivants » (p. 89-90).

L’âme ou l’esprit qui s’éveille au cours de l’adolescence est emmuré dans la matière, s’il ne peut se manifester et agir librement sur Terre, afin de réaliser les idéaux qui prennent naissance en lui. Cela est relié à la dimension spirituelle de la vie qui est souvent occultée.

Comme pour appuyer cela, Antigone dit, en page 61 : « Ma tragédie pose des questions fondamentales ».

Normand Charest pour les Publications du Graal 

messagedugraal.org 

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