À mesure qu’il avance en âge, Gilles Vigneault (né en 1928) nous donne l’impression d’ajouter de plus en plus d’éléments spirituels dans ses chansons et ses écrits. C’est normal que l’on réfléchisse encore plus au sens de sa vie, pourrait-on dire, alors que celle-ci approche de son crépuscule.
Ceux qui ne croient pas à autre chose qu’à la matière visible parlent alors de l’absurdité de la vie, puisqu’ils ne peuvent pas comprendre la disparition de notre conscience avec la mort physique.
Au contraire, ceux qui croient à un au-delà accueillent l’idée de la mort d’une manière beaucoup plus positive et naturelle. Avec un espoir basé sur l’intuition d’une continuité de notre conscience par delà la mort.
Vigneault ne cache pas ses croyances et il en sème des indices partout dans ses œuvres. Non pour « convertir » à quelque croyance, mais plutôt parce que cela fait partie de lui, de son vécu, de ses convictions.
J’aime particulièrement ses livres disques pour enfants qui contiennent de grandes profondeurs, sous leur simplicité et leur candeur apparemment enfantines.
Un cadeau pour Sophie
Seulement pour les enfants ? Mais non, puisqu’il dit dans Un cadeau pour Sophie (2007), dès le départ : « Quel que soit ton âge / Tu es en voyage ». Et puis : « C’est pour les enfants / De cinq à cent ans ». C’est donc très clair : cela s’adresse à nous tous, et pas seulement à des petits.
Ces paroles se trouvent dans une chanson qui invite à la découverte du monde, du ciel et des planètes, mais aussi à la recherche intérieure : « … Mais trouvez le temps / De chercher dedans ». De plus en plus clair !
Dans « C’est dans la nature des choses », il est question du cycle des âges, de la vie et de la mort, mais d’une mort qui n’est que transformation : « Au cœur du moindre vieux bonhomme / Court un ancien petit garçon ».
Un peu plus loin dans le même disque : « Et puis quelques vers / Parlant de l’envers / De la vie mortelle » évoquent évidemment la vie de l’âme de manière fort belle, avec tout l’art poétique de Vigneault.
Gaya et le petit désert
Dans le livre disque Gaya et le petit désert (2016), les vers « Quand je redeviendrai petit / Quand je ne serai plus grand-père », font penser à un retour sur Terre après la mort, après un passage dans l’au-delà, donc à une réincarnation. Et c’est un beau retour en enfance que décrit cette chanson, une renaissance pleine de candeur et d’émerveillement.
La chanson suivante, « L’enfant et l’eau », a quelque chose de troublant et de vrai. L’enfant en question vient demander des comptes à l’humanité. Ne lui « préparer pas de tartines », dit l’auteur, il est venu « vous dénoncer ». « Sous son œil brûlant d’exigence / vous vous retrouverez tout nus »… « Il descendra jusqu’en votre âme / Vous aider à vous démasquer ». Il y a du sérieux et de la sagesse, dans ces apparentes comptines enfantines qui s’adressent à notre âme.
Vivre debout
Dans le disque « pour adultes » Vivre debout de 2014, sans trop chercher on trouve déjà ceci : « Et l’âme y est tout à l’étroit // Or, ce corps dans son innocence / Se prenait pour une maison / Mais l’âme attend le grand silence / Pour enfin sortir de prison ». Et puis : « Je fais chaque jour un pas / Qui m’approche de mon âme ».
Et tout se tient dans son œuvre, parce que tout y est authentique.
Normand Charest pour les Publications du Graal