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Chronique

La magie de tous les jours, la magie des petites choses… On en parle souvent, mais il ne s’agit pas seulement d’un cliché facile.

Ce qui compte dans les cadeaux, par exemple, ce n’est pas l’emballage, mais bien ce qui se trouve à l’intérieur ! Le contenu est souvent invisible du dehors, ce qui ne l’empêche pas d’être le plus important dans cette affaire ! La qualité du pain, c’est en le goûtant qu’on en juge, et non pas d’après la beauté de son emballage. Il en va de même pour les personnes que l’on rencontre, car là aussi, la vraie beauté rayonne de l’intérieur et elle va de pair avec la bonté.

Dans son récit Nous les enfants… Récits de quand j’étais petite, près du lac, dans la nature (Liber, 2004), Line Mc Murray nous transmet avec enthousiasme la magie, l’extase d’une enfance dans la nature, éloignée de tout, au lac Sacacomie avec les animaux sauvages qui dominaient alors les lieux : ours, orignaux, lynx que l’on pouvait croiser ou dont on pouvait lire les traces sur la plage, le matin.

Un paradis refait dans la mémoire de l’auteure ? Peut-être en partie, mais c’est le plus fort de notre vécu qui reste, peu importe les circonstances terrestres, qui à d’autres pourraient sembler moins magiques. Et ce vécu, qui nous appartient en propre, continue de grandir à l’intérieur de nous. Un vécu qui fait partie du bagage léger de notre âme, le seul bien que l’on apportera en quittant la Terre. 

Trois auteures innues

Trois auteures autochtones innues revivent dans leurs écrits la beauté « invisible » de la nature qui est ressentie de manière spirituelle. Or, chez elles et dans les cultures des Premières Nations, le spirituel est toujours intégré au quotidien.

Dans le roman Kuessipan, par exemple (éd. Mémoire d’encrier, 2011), Naomi Fontaine décrit le monde d’un vieux nomade innu :

« La route qu’il suivait, dès le début de l’automne jusqu’à la première neige, l’amenait dans sa cabane, sans détour, sinon celui que crée un porc-épic rencontré par hasard, qui force à arrêter, à le chasser. Trois heures de chaos pour l’intimité d’un lac cent fois trop beau pour le spectacle inconnu. C’était là qu’il avait sa terre. Trop vieux pour chasser, mais pas encore pour la délaisser. Il l’habitait, comme on habite un coin de salon, en silence, mais toujours avec le contentement d’être chez soi. Il était chez lui. Près de la nature, près des infinis que le ciel offre un soir de pleine lune, intime avec la force créatrice. »

C’est moi qui souligne les mots « infinis » et « intime avec la force créatrice » pour montrer les éléments spirituels. Et peut-être aussi pour rapprocher la magie de l’enfance (décrite par Line Mc Murray) et la magie possible du vieil âge (décrite ici par Naomi Fontaine), quand la candeur est toujours présente.

La candeur demeure donc la condition de cette magie, que l’on appelle aussi émerveillement.

Dans son recueil Née de la pluie et de la terre (éd. Bruno Doucey, 2014), la poète innue Rita Mestokosko écrit : « J’aime l’invisible que je ne peux toucher/Mais que je sens avec force en moi ». En accord avec la sensibilité autochtone, elle aurait pu aussi ajouter : « Et que je sens en toute chose ». 

Puis Joséphine Bacon, une autre poète innue, chante presque, dans Bâtons à message (éd. Mémoire d’encrier, 2009) : « Mes sœurs/les quatre vents/caressent une terre/de lichens et de mousses/de rivières et de lacs,/là où les épinettes blanches/ont parlé à mon père. »

Tout cela se rejoint, se recoupe et montre la magie naturelle au cœur des choses du quotidien. Une magie qui suscite l’émerveillement quotidien et à tout âge… aussi longtemps que notre regard intérieur demeure ouvert et vrai.

Normand Charest pour les Publications du Graal 

messagedugraal.org

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