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Chronique

Dans une publication regroupant quatre nouvelles de Tolstoï *, celle intitulée « Le réveillon du jeune tsar » (1894) a particulièrement retenu mon attention.

Ayant pris le pouvoir depuis seulement cinq semaines, le jeune tsar réalisait que son travail de souverain prenait toutes ses heures — recevoir ministres et dignitaires, signer des décrets de toutes sortes — lui laissant peu de temps à passer auprès de sa nouvelle épouse « intelligente et belle ».

À cet effet, il se libère de force le soir du réveillon pour être avec elle. Mais rompu de fatigue, il s’endort sur un divan de sa chambre, jusqu’à ce qu’une « main placée sur son épaule » le réveille :

« Devant ses yeux clignotants se tenait non celle qu’il attendait et désirait, mais Lui. Le jeune tsar ne le connaissait pas, ne l’avait jamais vu ; mais il n’était pourtant pas étonné de le voir. Il sentit qu’il le connaissait depuis longtemps et qu’il l’aimait, et croyait en Lui autant qu’en lui-même. »

Ce « Lui » ne sera jamais nommé autrement que par des qualificatifs auxquels on ajoute une majuscule : Quelqu’un, l’Inconnu, puis à la fin : le Compagnon.

Il suffit à l’Inconnu de toucher le jeune souverain sur la tête pour le transporter en divers lieux de l’empire, afin de lui faire prendre conscience de la réalité qu’il ignore et qu’on lui cache.

Le Compagnon lui montre la souffrance, la pauvreté, la corruption de ceux qui appliquent la loi en son nom, et les injustices causées par les décrets qu’il a approuvés en les signant.

Devant les bassesses résultant de l’excès d’alcool qu’une loi nouvelle a permis, le jeune tsar s’écrit : « Mais ce sont des bêtes féroces ! » Alors que le Compagnon répond : « Non, ce sont des enfants. »

« Que dois-je faire ? » demande le tsar. « Suis-je donc vraiment responsable de tout ce qui se fait en mon nom ? »

Sur cela, il s’éveille. Mais ce rêve et cette rencontre l’ont transformé. Et malgré les avis des hauts dignitaires, le jeune chef d’État prend la résolution de changer les choses pour le mieux. Fermement soutenu en cela par la « voix du Compagnon de son rêve qui parlait haut dans son cœur ».

L’auteur n’a pas nommé ce Compagnon. Pour les lecteurs de son époque, la majuscule devait suffire pour évoquer qui Il était.

Sans croire que Lui-même puisse venir accompagner un humain de la Terre, fut-il souverain, on peut comprendre qu’Il ait placé dans ce monde toutes les aides nécessaires à ceux qui Le cherchent, qui cherchent à faire le bien et à aider en ce sens.

Normand Charest pour les Publications du Graal

messagedugraal.org 

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* Tolstoï, Le réveillon du jeune tsar, quatre nouvelles, coll. Folio 2 euros, n° 4199.

 

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