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Chronique

Dans un article sur les « sciences naturelles » publié dans la Revue canadienne en 1917 par Marie-Victorin*, l’auteur tente de secouer l’« indifférence [des Canadiens français d’alors] à l’égard des sciences naturelles [qui] a nui à notre développement économique ».

Pour une meilleure connaissance des lois de la nature

« Que d’insectes nuisibles », écrivait Marie-Victorin, « on pourrait rendre anodins avec une connaissance plus exacte de leurs mœurs et de leurs ennemis ! Il n’est pas besoin de rappeler les ravages du doryphore à dix lignes dans nos cultures de pomme de terre, ni les millions que le Nematus erichsonii a fait perdre à l’industrie forestière. »

Aujourd’hui, on pense à l’argile du frêne qui ravage les arbres de nos parcs et de nos rues. Ce qui prouve encore l’importance de planter une plus grande diversité de végétaux, pour minimiser ce genre de ravage.

Marie-Victorin parle de mieux connaître les plantes indigènes qui pourraient nous être plus utiles au quotidien. Il suggère à plusieurs reprises, dans sa Flore laurentienne, d’utiliser telle ou telle plante pour nos jardins d’ornement.

Et c’est probablement un peu à cause de lui qu’on offre maintenant dans nos pépinières plusieurs plantes indigènes, en particulier des arbustes, comme le pimbina, le physocarpe, le sureau, sans parler des Thuja occidentalis de nos haies, qu’on qualifie à tort de cèdres.

Dans le même article, il suggère ensuite de remplacer le thé par des plantes indigènes :

« L’usage du thé est une coutume anglaise que nous nous sommes laissé imposer depuis à peine un siècle [il écrit ces mots en 1917]. Le thé coûte cher et ne vaut peut-être pas grand-chose pour notre tempérament particulier. Pourquoi ne pas tenter de lui substituer un produit indigène ? Il y a dans la flore du Québec au moins cinq ou six plantes qui remplaceraient avantageusement le thé chinois sans bouleverser nos habitudes gustatives. Citons la spirée à feuilles de saule qui couvre tant de terrains incultes, le lédon du Groënland [ou thé du Labrador] qui prospère dans toutes nos tourbières et dont la culture mettrait en valeur d’immenses étendues aujourd’hui complètement perdues. Pourquoi n’étudie-t-on pas cette question et d’autres analogues ? »

Un siècle plus tard encore, précisément en 2017, la situation a changé à plusieurs égards.

Premièrement, on ne peut plus considérer que le thé coûte cher, du moins pas celui de qualité commune qu’on trouve dans les épiceries. D’autre part, le thé est beaucoup moins présent dans nos familles qu’il l’était autrefois. De plus, les tisanes faites de plantes indigènes qu’il propose demanderaient un plus grand changement de nos « habitudes gustatives » qu’il le laisse entendre.

Depuis 1917, la science s’est effectivement intéressée à l’agriculture, mais pour développer des engrais chimiques et des pesticides qui ont nui à l’environnement. Aujourd’hui, Marie-Victorin se retrouverait probablement plus dans les approches écologiques qui utilisent, par exemple, des insectes prédateurs pour contrôler les insectes nuisibles. 

Cela dit, son conseil de nous tourner vers une plus grande utilisation des plantes indigènes demeure toujours d’une grande sagesse. Mais pour y arriver, il faut d’abord mieux observer et étudier ces plantes et leur environnement.

Pour notre survie

Qu’on veuille le croire ou non, une meilleure connaissance des lois de la nature — et surtout le respect de celles-ci — deviendra primordiale pour la survie de nos sociétés.

Parce que ces lois sont plus fortes que nous. Elles sont incorruptibles et continuent d’agir sans tenir compte de nos opinions.

Les ouragans détruisent les infrastructures, les habitations en zones inondables sont inondées, des feux de forêt deviennent incontrôlables…

Les lois de la nature continuent d’agir sans tenir compte de nos opinions ou de notre ignorance. À nous de nous y adapter, et de faire d’abord l’effort de mieux les connaître, si l’on souhaite survivre.

Normand Charest pour les Publications du Graal

messagedugraal.org 

________

* L’article de Marie-Victorin (1917) dont il est question ici est reproduit dans :

Frère Marie-Victorin, Science, culture et nation, textes choisis et présentés par Yves Gingras, Boréal, 1996, p. 38 et 39.

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