« Il faut aller à la vérité de toute son âme », écrivait Platon, et non pas tièdement ou avec nonchalance.
Dans le même ordre d’idées, un proverbe allemand nous dit tout simplement : « Qui veut boire de l’eau claire doit se rendre à la source »*. En toute chose, pour toute recherche, pour toute réflexion tant soit peu profonde, il faut remonter à la source des choses, à l’origine d’une parole et même à celle d’une pensée.
Remonter à ce qui fut vraiment dit ou ce qui est véritablement arrivé — et non pas à ce qu’on en dit, à ce que l’on répète superficiellement ou que l’on interprète.
La rumeur publique condamne une personne sans preuve. Même si la preuve de son innocence vient qu’à être faite, un doute restera dans l’opinion publique et nuira injustement à la réputation de la personne attaquée.
Ceux qui ont nourri la rumeur ne sont certainement pas allés au fond des choses. La rumeur est un courant dans lequel on se laisse entraîner sans réflexion, et sans se douter des conséquences graves qu’elle peut avoir.
Cela fait partie de l’exigence d’être vrai dans tout ce que l’on fait, et de rechercher ce qui est vrai dans ce qui nous entoure. Il est plus facile de trouver du vrai dans la nature, puisque tout y agit en accord avec les justes lois qui règlent l’univers.
D’ailleurs, l’expression « être naturel » est synonyme d’être vrai et authentique.
À l’opposé, le faux ne se retrouve que dans les œuvres des êtres humains, ces expérimentateurs des voies détournées et des fausses voies.
C’est pourquoi la beauté de la nature est si durable, à la fois vieille comme le monde et toujours nouvelle — alors que les œuvres et les civilisations humaines sont si fragiles et éphémères.
On pourrait aussi ajouter : qui veut boire de l’eau claire doit aussi la garder pure, telle qu’il la puisée.
L’effet d’une bonne parole
Certaines paroles que nous avons reçues, certaines sagesses qui nous furent données sont comme une eau claire dont il faut préserver la pureté pour la santé de notre âme.
Un poète britannique contemporain a écrit, en faisait allusion à la parabole de la multiplication des pains : « Voici le temps des pains et des poissons. Les gens ont faim et une bonne parole est comme du pain pour un millier de personnes. »** S’il n’est pas certain qu’il soit naturel de multiplier ainsi le pain, nous sommes convaincus que les paroles ont cette propriété multiplicatrice au naturel.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Le proverbe dans sa forme originale allemande : « Wer klares Wasser trinken will, muss zur Quelle gehen ».
** David Whyte, River Flow, Many Rivers Press, 2007. — « This is the time of loaves and fishes. People are hungry, and one good word is bread for a thousand. » (Tiré du poème « Loaves and Fishes », p. 358.)