Le jeudi 3 août 2017
« Comment consommer de manière à rendre justice aux vies (végétales et animales) que nous prenons ? »
par
La juste compensation ? L’équilibre entre les droits et les devoirs
« Comment consommer de manière à rendre justice aux vies que nous prenons ? Dans nos plus vieilles histoires », écrit Robin Wall Kimmerer*, en parlant des traditions de sa nation amérindienne, « on nous rappelle la profonde importance de cette question pour nos ancêtres. Lorsque nous dépendons autant des autres vies, il devient urgent de les défendre. Nos ancêtres, qui avaient si peu de possessions matérielles, consacraient beaucoup d’attention à cette question, alors que nous, qui nous noyons dans ces possessions, y pensons à peine. » (177)
Cette juste façon de considérer les choses, si elle avait constitué la base de nos vies, n’aurait pas permis la surexploitation et la détérioration de la Terre qui en a résulté. Elle aurait pu être, au contraire, le secret d’une relation harmonieuse entre les humains et le monde naturel, avec tous ses êtres et ses éléments.
La juste compensation est essentielle à toutes nos relations. Lorsqu’elle est respectée, l’harmonie en résulte. Évidemment, cela agit aussi dans nos relations humaines.
On peut voir cette compensation dans l’équilibre entre les droits et les devoirs. Ainsi, on ne peut exiger qu’on respecte ses droits sans accomplir les devoirs qui les accompagnent.
Robin Wall Kimmerer, en prenant exemple sur la nature, écrit dans son livre Braiding Sweetgrass qu’on ne devrait pas seulement rédiger des « chartes des droits », mais aussi des « chartes des responsabilités » et donc des « chartes des devoirs ».
Au printemps — pour poursuivre l’exemple que donne l’auteure —, les racines de l’érable envoient du sucre aux bourgeons qui s’éveillent : c’est la montée de l’eau d’érable que nous exploitons pour en faire du sirop. Mais, au cours de l’été, les feuilles produiront du sucre, qui sera stocké dans les racines (sous forme de féculent), les racines qui sont le garde-manger, la chambre froide de l’arbre (« the root cellar »).
Il y aura ainsi une juste compensation entre les différentes parties de l’arbre, dans le cycle des saisons.
La compensation agit aussi entre les hommes qui entretiennent l’érablière et les érables producteurs de sucre.
Et la gratitude aide à comprendre l’équilibre entre les droits et les devoirs.
La gratitude
Ce qui est bien dans la spiritualité amérindienne, c’est qu’elle est ancrée dans le quotidien et l’environnement terrestre. Mais un environnement ouvert au sacré, au spirituel, à ce qui vient d’en haut.
Ce qui est bien encore, c’est qu’elle demande de la gratitude pour tout ce qui est donné dans la nature, même les plus petites choses, qui sont considérées comme des frères et des sœurs, et non comme des objets à exploiter.
On les respecte donc, on leur demande poliment de nous offrir une partie d’eux-mêmes pour notre survie. Lorsqu’elles acquiescent, on leur offre spontanément notre gratitude et notre respect. Un respect qui exige de ne rien perdre, de ne rien gaspiller de la vie qui a été donnée, animale ou végétale.
Cette profonde gratitude envers tous les êtres vivants s’élève toujours vers le Créateur, leur Créateur et le nôtre, dans la conscience que tout vient de Lui, et que c’est à Lui que s’adresse toute gratitude. La fumée et la plume d’aigle portent les prières jusqu’aux hauteurs.
Quelle que soit notre forme de spiritualité, elle perd de sa véritable valeur si nous ne l’utilisons pas au quotidien, si nous ne l’ancrons pas dans notre présent continuellement, si elle ne devient pas, pour nous, aussi essentielle que l’air que l’on respire.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Robin Wall Kimmerer, Braiding Sweetgrass : Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teachings of Plants, Milkweed Editions, Minneapolis, Minnesota, 2013. (Traduction libre des citations par NC.)