« Silencieux, calme, paisible… » Les notions de paix, de calme et de silence sont reliées et sont même parfois exprimées par le même mot dans certaines langues. C’est le cas pour le mot « quiet » en anglais qu’on utilise pour parler d’un lieu paisible : « a quiet place », mais aussi pour demander le silence : « Quiet, please ! »
Incidemment, l’anglais a emprunté le mot « quiet » au français du 13e siècle, qui lui-même l’avait pris du latin « quietus » (reposé), le « quiet » français signifiant : paisible, calme, sans inquiétude.
L’auteur Gordon Hempton se qualifie d’« écologiste acoustique » et il gagne sa vie en enregistrant les sons de la nature, qui sont utilisés pour des disques, des expositions de musées, des projets éducatifs et même pour des jeux vidéos.
C’est un homme de la nature, toujours à la recherche du silence, un silence de plus en plus difficile à trouver, même dans les lieux les plus reculés. Dans son livre One Square Inch of Silence*, il parle de sa quête pour préserver ce qui reste du silence et de la quiétude des lieux sauvages (sous-titre du livre : One Man’s Quest to Preserve Quiet).
Le silence n’est pas une absence
« Le silence n’est pas l’absence de quelque chose », écrit-il dans son prologue, « mais la présence de tout. […] C’est la présence du temps, non perturbé. On peut le ressentir dans la poitrine. Le silence nourrit notre nature, notre nature humaine, et nous permet de découvrir ce que nous sommes. Il nous permet de mieux entendre, non seulement les sons de la nature, mais aussi de mieux écouter les autres. On peut porter le silence en soi comme les braises d’un feu. […] Pour faire l’expérience de la merveille du silence qui élève l’âme, nous devons l’écouter. » (Page 2.)
Le silence nous permet d’entendre tout ce qui passe habituellement inaperçu. Pas seulement les bruit subtils de la nature, mais aussi plein de voix et de musiques insoupçonnées, puisque le silence nous permet d’écouter notre voix intérieure, en même temps que d’autres voix subtiles qui demeurent autrement inaudibles.
Les dons du silence
Il y a les bruits qu’on nous impose, mais il y a aussi les bruits que l’on recherche — télé, radio, les divers médias — qui nous empêchent de bénéficier des dons du silence. Sans silence, nous nous condamnons à la superficialité.
En effet, sans silence, comment pouvons-nous réfléchir sur le sens profond des choses ? À la manière du voyageur qui s’arrête de temps en temps pour consulter sa carte, nous devons, nous aussi, faire le point sur la direction que nous donnons à notre vie. Sans ces bilans réguliers, sans l’écoute de notre voix intérieure, nous risquons de faire de longs détours, et même de nous perdre en chemin.
« Silencieux, calme, paisible… » C’est bien ce que nous souhaitons retrouver, au moins en vacances, quand nous arpentons les espaces tranquilles des forêts, par exemple. Et idéalement plus souvent qu’en vacances, puisque le silence est un besoin quotidien.
Le silence intérieur
La quête de cet homme pour préserver le silence et la quiétude de la nature, le peu qui en reste, est à souligner puisqu’il s’agit en même temps d’un éveil à la vie intérieure ! Une vie intérieure qui nous accompagne, même lorsque nous retournons à la ville et au bruit :
« Le silence intérieur est une intuition de respect pour la vie. Une intuition que nous pouvons apporter en nous, peu importe où nous allons, un silence sacré qui peut nous rappeler la différence entre le bien et le mal, même dans une rue bruyante de la ville. Un silence qui habite l’âme. » (Page 31.)
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Gordon Hempton et John Grossmann, One Square Inch of Silence. One Man’s Quest to Preserve Quiet, Free Press, New York, 2009. (Le livre est en anglais, la version française des citations est de l’auteur de cette chronique.)
À propos du « silence », voir aussi : https://messagedugraal.org/le-silence-106/