Dans son livre Dans quelle langue est-ce que je rêve ? Elena Lappin* va à la recherche des origines de sa famille, majoritairement juive, dont les membres utilisent cinq langues et ont vécu à Moscou, Prague, Hambourg, New York, Ottawa, Londres et ailleurs.
Elle y parle entre autres de son grand-père qui aimait beaucoup travailler avec les enfants. Il les traitait avec sérieux et respect, comme s’ils étaient des adultes, et leur apprenait des choses qu’il trouvait importantes pour leur vie.
Parmi ces valeurs, il tenait à leur transmettre des aptitudes comme : « penser clairement, se concentrer, comprendre la complexité du monde ».
En ce qui me concerne, je souscris totalement à ces trois points. Trois points qui demandent du travail, mais un travail joyeux et qui porte de bons fruits.
À mon avis, « penser clairement » ne signifie pas de se creuser la tête, mais de mettre de l’ordre dans ses pensées. De faire des liens entre elles, de suivre le chemin de ses pensées comme si, d’un côté l’on retournait jusqu’aux fines racines d’un arbre et de l’autre, comme si l’on suivait les ramifications de ses branches en remontant jusqu’aux plus jeunes pousses.
En faisant ce travail de réflexion, on parvient à une vue d’ensemble claire du sujet (en l’occurrence, de l’arbre), tout en ayant une bonne idée de sa complexité et de la richesse de ses nuances.
Voilà l’image que m’inspire « penser clairement » et qui peut s’appliquer à tous les sujets. C’est une façon de penser qui va en profondeur, à l’opposé d’une pensée qui butine d’une idée à l’autre et demeure superficielle, une pensée qui s’évapore bien vite sans rien construire de durable.
Pour aller en profondeur, il faut évidemment que l’on se « concentre » (le deuxième point de la citation), qu’on prenne le temps de le faire et qu’on se donne de bonnes conditions pour y arriver, comme le silence et l’absence de distractions.
Cette pensée claire et profonde nous permet de mieux « comprendre la complexité du monde » (le troisième point) avec la richesse de ses multiples nuances.
Car le monde est simple dans ses grandes lignes (parce qu’il obéit à de grandes lois universelles simples) et complexe dans ses ramifications et ses nuances ; une complexité née du développement de formes simples au départ.
Une pensée claire est simple, puisqu’elle offre une vue d’ensemble, mais elle n’est pas simpliste, puisqu’elle tient compte en même temps de la belle « complexité du monde », si pleine de richesse, et propre à susciter l’émerveillement continuel chez celui qui prend la peine de l’observer et d’y réfléchir.
Vue d’ensemble
Une des lois simples et universelles est que l’on récolte ce que l’on sème. Couché sous un arbre fruitier, par une chaude journée d’été, on s’en rend bien compte quand les fruits chargent les branches de l’arbre qu’on se souvient d’avoir planté, il y a quelques décennies.
Cette loi vaut pour tout ce qui existe, y compris pour les pensées dont on vient de parler, pour nos paroles et pour nos actes. Et cela inclut nos attitudes et nos manières d’être.
Si l’on ne s’en rend pas compte, c’est que l’on n’a pas une vue d’ensemble suffisamment élargie. C’est ainsi que nous récoltons aujourd’hui ce que nous avons semé bien avant notre naissance dans cette vie, autrement dit, au cours de vies antérieures.
Et cette manière de voir les choses nous donne finalement une vue d’ensemble qui répond à notre besoin de justice. En effet, nous récoltons et nous récolterons toujours ce que nous avons semé, peu importe le temps nécessaire à la maturation des fruits de nos pensées, de nos paroles et de nos actes.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Elena Lappin, Dans quelle langue est-ce que je rêve ? Éditions de l’Olivier, 2017.