En ville, il est toujours fascinant de voir les grands arbres dominer les petits terrains. À leur pied, tous petits, la cour, le jardin et la maison. Eux, à l’étage, les dominent de leurs grands bras feuillus et chantants, entre ciel et terre.
Vus d’une hauteur, d’un pont par exemple, certains coins de ville semblent verts comme des parcs. Alors qu’au niveau de la rue, qui est aussi le nôtre, la ville peut être grise et défaite.
Au niveau où vivent les grands arbres, au niveau de leur regard sur l’horizon et sur le ciel, ils fréquentent les oiseaux, les vents, le soleil et les étoiles, alors que nous leur marchons sur les pieds (sur leurs racines) comme de mauvais danseurs.
La grandeur de ces arbres nous rappelle à quel point tout ce qui est en haut est plus grand que nous. Vu d’en haut, venir en aide aux humains, c’est comme aider des fourmis. Étant si petits, l’humilité devrait nous être naturelle… à condition de connaître notre place véritable dans l’ordre des choses, ce qui n’est pas encore le cas. Notre place véritable, qui est pas mal au bout de la file.
Nos petites vies sont remplies de beautés et de défis. Même le bébé qui vient de naître a livré un combat. Dans les premières heures de sa vie, il nous montre un visage de boxeur, avant de nous offrir son visage angélique.
La nature est belle sans mièvrerie ni faiblesse. De la naissance à la mort, elle exige, pour le bien de tous, que chaque être demeure en mouvement. Les arbres poussent et meurent, tout comme nous, mais à une vitesse différente de la nôtre, puisqu’ils peuvent vivre des siècles.
Une couronne trop grande
Clairement, les arbres et les oiseaux sont les bons élèves de la nature, et nous les cas problèmes. Un peu comme dans la phrase de l’écrivain Jacques Ferron, l’homme porte une couronne trop grande qui lui tombe sur les yeux et le rend ridicule*.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Jacques Ferron : « Chacun a la tête trop petite pour la couronne dont il se coiffe, elle lui tombe vite sur les épaules et devient le collier avec lequel on attache l’animal domestique. » Cité par Robert Lalonde dans La liberté des savanes, 2017.