40e anniversaire de son décès
On souligne, cette année, le 40e anniversaire du décès, le 11 avril 1977, du poète et scénariste français Jacques Prévert (1900-1977). À cette occasion, beaucoup de livres et d’articles sont publiés pour nous rappeler son œuvre.
Dans un article du Devoir, la petite-fille de Prévert nous dit que l’on a réduit son œuvre à une dimension scolaire, ce qui en donne une image déformée. Pourtant, à mon avis, le livre Paroles, que j’ai lu en 1965, n’en donne pas du tout une image édulcorée ni aucun de ses autres recueils, d’ailleurs.
Tous ses textes expriment une révolte contre l’autorité, contre les règles, contre les injustices sociales, surtout. Une sorte de révolte adolescente qui tire, sans nuance, sur toutes les cibles.
Il s’agit de renverser l’ordre établi, perçu souvent comme un carcan. Puis de revenir, plus ou moins, à la nature et à l’enfance, toujours liées.
Dans les textes de Prévert, les enfants et les animaux ont toujours raison. Ils représentent une droiture, un naturel vrai que rien ne peut contester. À ceux-là s’ajoutent aussi les jeunes gens qui s’aiment, malgré tous les malheurs du monde.
Révolution tranquille, collective et personnelle
J’ai découvert Prévert à 15 ans, en 1965, en pleine révolution personnelle : à l’âge où l’on se découvre une personnalité et des rêves, une vision nouvelle du monde. Nouvelle pour nous, du moins.
Avec Prévert, je découvrais la poésie dans ses formes libérées : vers sans ponctuation, de longueur variable et à la rime facultative. En même temps que je découvrais la peinture aussi libre, avec ses formes volantes, figuratives ou abstraites.
Ces années correspondaient aussi à la Révolution tranquille au Québec, qui rejetait également les formes et les règles anciennes. Une Révolution elle aussi animée par un besoin de liberté, autant individuelle et que collective, et par un besoin de renouveau.
L’appel à la liberté et au rejet de règles, dans lesquelles on ne se reconnaissait plus, avait tout pour me charmer, à cet âge et en cette époque déjà lointaine.
On a maintenant oublié les contraintes de ce temps. Aujourd’hui, je ne peux plus relire Prévert avec mon regard d’alors, et il me semble que beaucoup de choses ont vieilli dans ces textes. Pourtant, je me souviens de la liberté que m’a donnée cette œuvre, liberté de penser et liberté créative.
Beaucoup de barrières tombaient. Nous disposions d’un libre arbitre et d’une responsabilité personnelle qu’on ne pouvait plus nier. Il n’était plus question de suivre sans comprendre, il nous fallait désormais tout peser par nous-mêmes, afin de trouver ce qui était juste et naturel.
Si les nombreux jeux de mots de Prévert m’avaient frappé en premier lieu, ce qui m’est resté par la suite, ce sont plutôt ses poèmes les plus simples, comme le bien connu « Nuages »*.
Malgré son apparence, il ne s’agit pas d’une simple comptine. On y voit la candeur confrontée au mensonge, la prise de conscience qui l’accompagne, ainsi que la complicité réconfortante de l’enfant et de l’animal : « Il est comme moi dit-elle / un peu triste et un peu gai ».
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* NUAGES
Je suis allée chercher mon tricot de laine et le chevreau m’a suivie / le gris / il ne se méfie pas comme le grand / il est encore trop petit /
Elle était toute petite aussi / mais quelque chose en elle parlait déjà vieux comme le /monde / Déjà / elle savait des choses atroces / par exemple / qu’il faut se méfier / Et elle regardait le chevreau et le chevreau la regardait / et elle avait envie de pleurer / Il est comme moi / dit-elle / un peu triste et un peu gai / Et puis elle eut un grand sourire / et la pluie se mit à tomber.
Jacques Prévert, La pluie et le beau temps, 1955