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Chronique

La poétesse américaine Mary Oliver a publié un poème intitulé « The country of the trees », dont voici un extrait traduit en français :

« Au pays des arbres (…) il y aura toujours de la place pour les faibles, les violettes et les sanguinaires. Lorsqu’il fait froid, on leur donnera des couvertures de feuilles. Lorsqu’il fait chaud, on leur donnera de l’ombre. Pas parce qu’on se sent coupable, ou pour une déduction à la fin de l’année, mais peut-être pour la joie de leurs couleurs et de leurs petits visages de fleur. »

De cette comparaison entre le pays des arbres et celui des humains, je retiens cette phrase : « Et il y aura toujours de la place pour les faibles. » En effet, dans l’écosystème d’une forêt, petite ou grande, il n’y a pas que les arbres en santé qui jouent un rôle important, mais aussi les arbres malades et les arbres morts. Car c’est là que nichent et se nourrissent les oiseaux comme les pics et bien d’autres animaux. Tout un cycle de vie se perpétue dans les troncs morts, comme les champignons nécessaires eux aussi à l’équilibre de l’ensemble.

Cette image nous donne à réfléchir sur notre manière d’entretenir les forêts et les jardins, sur ce que nous trouvons beau ou non, utile ou non, propre ou non. Sur la place de la « mort » dans le cycle de la vie, qui n’est en réalité qu’un passage utile et naturel entre deux formes. Et du jardin et des bois, cela s’élargit aussi à notre propre vie humaine, car les mêmes lois agissent sur toutes les formes de vie.

Ce poème parle de la place accordée aux « faibles » dans le cycle de collaboration où l’on donne d’épaisses couvertures de feuilles aux plantes en hiver et puis de l’ombre en été.

En laissant les feuilles au sol en automne, dans nos jardins et dans les forêts, nous respectons ainsi cette bienveillance que l’on retrouve dans la nature.

Ici encore, la nature nous donne une leçon, celle de la bienveillance, qui devrait également être à la base de nos sociétés, comme elle est à la base de l’équilibre écologique. Car les sociétés qui sont aussi des écosystèmes, régis par les mêmes lois universelles.

Normand Charest pour les Publications du Graal

messagedugraal.org

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