Les couleurs de l’enfance
Le Musée des beaux-arts de Montréal présente en ce moment une exposition Chagall d’une ampleur exceptionnelle. Il ne faut pas laisser passer une telle occasion de voir « en personne » des œuvres que l’on connaît depuis longtemps par des reproductions dans les livres.
Et on ne sera pas déçu de voir ces couleurs encore toutes fraîches et candides. Beaucoup d’œuvres de Chagall ont conservé la spontanéité de l’enfance, qui permet de dessiner librement et de peindre avec des couleurs pures. La joie du peindre y est toujours palpable.
Le plafond de l’Opéra Garnier à Paris est une des plus importantes réalisations de Chagall. Évidemment, on ne peut pas la déplacer et elle est rarement bien représentée dans les livres.
Heureusement pour cette exposition, on a préparé un film ou on la voit en détail, accompagnée des musiques qui l’ont inspirée, celles de 14 compositeurs dont Prokofiev, Debussy, Ravel, Mozart, Beethoven, Rameau… Un film projeté sur un grand écran circulaire qui ajoute à l’illusion d’être sur place.
À propos du plafond de l’Opéra, Chagall disait ceci, lors de son inauguration en 1964 : « J’ai voulu en haut, tel un miroir, refléter en bouquet les rêves, les créations des acteurs, des musiciens… Chanter comme un oiseau, sans théorie ni méthode. Rendre hommage aux grands compositeurs d’opéras et de ballets. »
André Malraux, le ministre des Affaires culturelles qui avait commandé cette œuvre de 220 mètres carrés, déclara : « Quel autre artiste vivant aurait pu peindre le plafond de l’Opéra de Paris comme Chagall ? […] C’est l’un des plus grands coloristes de notre temps […], un grand nombre de ses toiles et le plafond de l’Opéra forment une image illustre qui compte parmi la plus belle poésie de notre époque… » (cité par Jacob Baal-Teshuva, Chagall, Taschen, 2003).
De Marc Chagall (1887-1985), on connaît les personnages volants, les souvenirs du village juif de son enfance en Russie, avec ses violons et sa musique klezmer. Si on ne le savait pas déjà, on apprendra dans cette exposition intitulée Chagall, couleur et musique à quel point la musique avait de l’importance pour lui.
La Bible l’a aussi beaucoup inspiré tout au long de sa vie. Il a d’ailleurs consacré un musée au « Message biblique », grâce à des œuvres qu’il a données à l’État français (Musée national Message biblique Marc Chagall, Nice).
« Depuis ma plus tendre enfance », disait-il, « la Bible me captive. Elle m’a toujours paru la plus grande source de poésie de tous les temps. Depuis, j’ai cherché son reflet dans la vie et dans l’art. La Bible est comme un écho de la nature et c’est ce secret que j’ai essayé de transmettre. […] Selon moi, ces tableaux n’illustrent pas le rêve d’un seul peuple, mais celui de l’humanité. Ils sont le résultat de ma rencontre avec l’éditeur français Ambroise Vollard et de mon voyage en Palestine. Je voulais les laisser à la France où je suis né une seconde fois. Ce n’est pas à moi de les commenter. Les œuvres d’art doivent être capables de parler d’elles-mêmes. »
Au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu’au 11 juin 2017.
Normand Charest pour les Publications du Graal