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Chronique

L’architecture de Pierre Thibault

Le livre Et si la beauté rendait heureux, basé sur des échanges entre l’architecte Pierre Thibault et le journaliste François Cardinal (les éditions La Presse, 2016), nous parle de l’architecture d’une manière particulièrement touchante, en ce sens que le livre s’adresse à notre cœur et à notre âme.

Et si la beauté nous était aussi nécessaire que l’aspect fonctionnel des choses ? Les sociétés anciennes ne se posaient même pas la question. C’était pour elles une évidence. Au musée McCord à Montréal, on peut le voir dans le soin que les Amérindiens mettaient à broder les vêtements. Dans les ceintures fléchées aussi, dans les maisons de bois bien construites et dans les jardins bien tenus.

Pierre Thibault a conçu l’abbaye cistercienne de Saint-Jean-de-Matha, un ensemble vitré ouvert sur la nature qui l’entoure. Le mur avant de l’église, derrière l’autel, est lui-même un haut espace vitré donnant sur la montagne Coupée et la lumière du jour qui se lève.

« Voilà d’ailleurs pourquoi je pratique l’architecture : elle a ce pouvoir de réenchantement de la vie, elle redonne la capacité de s’émerveiller, elle prédispose à la contemplation » (p.134). « C’est évident dans le cas d’un monastère, bien sûr, mais c’est quelque chose qui est latent dans tous nos projets. Les espaces que nous concevons peuvent mener à la contemplation… ou non. Ils peuvent modifier notre rapport au temps… ou non. Ils peuvent nous permettre de retrouver un certain équilibre… ou non » (p.135).

Incidemment, l’architecte et mécène Phyllis Lambert, dont on vient de fêter les 90 ans le 24 janvier 2017, la fondatrice du CCA, le Centre canadien d’architecture, parle elle aussi de l’importance d’une architecture de qualité et de son influence positive sur la vie de quartier. Elle a œuvré toute sa vie à faire valoir cette influence et cette vie de quartier. Le superbe bâtiment du CCA le démontre par sa qualité, l’intégrité de ses matériaux et sa beauté dépouillée.

Dans ce livre de Pierre Thibault et François Cardinal, on donne l’exemple de la Grande Bibliothèque de Montréal, la mieux fréquentée de la francophonie, dont la popularité serait due en grande partie à la qualité de son architecture, selon Lise Bissonnette, sa fondatrice. 

On rêve d’écoles aux murs de verre s’ouvrant sur des cours intérieures remplies de verdure, de lieux de travail où l’éclairage naturel remplace les néons, de verdure sur le toit, d’une architecture qui met en valeur la végétation existante plutôt que de la détruire, d’une vie de quartier avec des commerces où l’on peut se rendre à pied, d’une vie où l’on peut prendre le temps, celui de bien vivre le présent.

Oui, assurément, la beauté – en commençant par celle de la nature –, la beauté nous est aussi nécessaire que la nourriture, l’eau claire et l’air pur.

Normand Charest pour les Publications du Graal

messagedugraal.org

 

« Quand nous concevons des espaces confortables, les gens s’arrêtent, discutent, échangent. Ils font une pause dans leur vie active. Or, notre société privilégie plutôt les espaces de consommation, où nous pouvons manger vite, acheter et déguerpir, tout faire rapidement. Cette orientation engendre une perte de sens, une difficulté à rencontrer l’autre, un désir plus faible de partager. » (Pierre Thibault, p. 136.)

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