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Chronique

« Mes premières rencontres avec la science ne furent pas sans problème. J’en étais un adorateur inconditionnel, mais elle me faisait vivre des moments difficiles. En peu de mot, elle me semblait menacer la dimension poétique du monde : l’émerveillement. » (Pages 85, 86)

C’est ce que raconte l’astrophysicien Hubert Reeves dans ses mémoires intitulées Je n’aurai pas le temps (éd. du Seuil, coll. Points Sciences n° S205, 2008, 2012).

D’un côté, la poésie qui est émerveillement et de l’autre la science, qui s’en tient aux faits et à ce que l’on peut observer. Mais les deux ont-ils à s’opposer forcément ? Comme deux plateaux d’une même balance ?

Et pourtant, l’observation de la nature mène en même temps à la science — la connaissance, la compréhension des processus naturels — et à la poésie — par l’émerveillement. Puis à la philosophie et au spirituel.

L’un n’empêche pas l’autre. Au contraire, ils peuvent très bien se compléter, comme c’est le cas en musique qui demande, en premier lieu, un travail technique et presque mathématique, pour qu’ensuite l’âme puisse s’exprimer.  

Malgré sa carrière d’homme de science, Hubert Reeves n’a jamais sacrifié son émerveillement devant la poésie du monde. Et il n’a jamais fermé les portes de la réflexion philosophique ou spirituelle. C’est ce que nous montrent ses mémoires. Et c’est ce qui rend ses livres si agréables à tous, adeptes de la science ou de la poésie — ou des deux à la fois, ce qui est beaucoup plus fréquent qu’on ne peut l’imaginer.

Science ou poésie, recherche ou jeu ? L’enfant n’a jamais fait de différence entre les deux.

« … J’ai compris que la démarche scientifique ne touche qu’un aspect du réel, celui qui correspond au domaine rendu accessible par sa méthodologie et ses techniques d’étude. Elle nous donne accès à toutes les manifestations de la matière, des dimensions les plus infimes (atomes, molécules) aux plus gigantesques (étoiles, galaxies, Univers). Mais l’émotion en est absente. Pour percevoir le monde sous toutes ses facettes, les approches poétiques et scientifiques se complètes. Chacune est essentielle à la compréhension du monde. Chacune, à sa façon, nous permet d’accéder à la richesse et à la beauté de l’Univers. » (Page 100)

Normand Charest pour les Publications du Graal

messagedugraal.org

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