« Il y avait cinq petits pois dans une cosse, ils étaient verts, la cosse était verte, ils croyaient que le monde entier était vert et c’était vrai pour eux ! » C’est sur cette phrase en apparence anodine que commence un conte pour enfants d’Andersen. Et pourtant, ces paroles contiennent aussi une certaine profondeur.
Car il est vrai que l’on conçoit le monde selon le filtre de nos perceptions. Contrairement au caméléon qui prend les couleurs de son entourage, c’est le monde lui-même qui se teinte à nos yeux de ce que nous sommes, de la même manière qu’un vitrail colore la lumière blanche provenant de l’extérieur.
C’est ainsi qu’on prête souvent aux autres ses propres intentions. Ceux qui sont de bon vouloir font spontanément confiance aux autres, tandis que ceux dont le vouloir est mauvais ne voient que duperie autour d’eux. Selon leur vision du monde, l’homme est un loup pour l’homme et il ne peut en aller autrement. On parle alors de la nécessaire lutte dans la nature.
Mais l’objectivité est-elle seulement possible ? Comment comprendre l’autre, sinon en l’écoutant véritablement, en tentant de nous mettre sincèrement à sa place, en « marchant dans ses souliers », c’est-à-dire en sortant de notre propre cosse de petit pois monochrome. Si nous pouvions le faire, nous verrions le monde sous de nouvelles couleurs, celles des autres, et nous en serions enrichis !
Normand Charest pour les Publications du Graal