« “Dans les langues amérindiennes, le mot art n’existe pas, parce que pour les Amérindiens, tout est art” (Jamake Highwater). De la même manière, tout est d’une certaine façon religieux. Ce qui signifie que pour étudier les religions primales, on peut commencer n’importe où : par la peinture, la danse, le théâtre, la poésie, les chants, les habitations, l’artisanat – ou par le mode de vie de ces peuples dans lequel le sacré et le profane ne sont pas séparés » (Huston Smith, The World’s Religions).
L’art, la beauté, le sacré ne sont pas ajoutés à la vie quotidienne, ils y sont plutôt intimement liés, comme la laine ou les fibres végétales d’une couverture. C’est dans son ensemble qu’on apprécie la couverture et qu’elle nous est le plus utile. On n’a pas besoin de la détruire, de la défaire fil par fil pour bien la comprendre.
Comme il y a beaucoup de non-dits chez ces peuples – comme tout fonctionne par l’expérience vécue, par l’apprentissage personnel et non pas par l’écrit, par le savoir livresque – on a beaucoup sous-estimé leurs croyances.
Ainsi, l’artiste navajo Carl Gorman souligne que : « Certains chercheurs ont prétendu que la religion navajo ne reconnaissait pas un Dieu suprême parce qu’il n’est pas nommé. Ce n’est pas le cas. L’Être suprême n’est pas nommé parce qu’il est impossible de le connaître. Il est simplement le Pouvoir inconnu. Nous l’adorons par sa création… » (cité par H. Smith).
Le Tao Te King chinois dit à peu près la même chose : « Le Tao qui peut être nommé n’est pas le Tao éternel. Le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel. L’Innommable est la réalité éternelle… »
Ce qui montre un grand respect pour le sacré de ce Nom « innommable ».
Normand Charest pour les Publications du Graal