« L’intelligence, en soi, ça n’a aucune valeur ni intérêt… Mais beaucoup d’hommes intelligents ont une sorte de bug : ils prennent l’intelligence pour une fin. »
Le personnage qui affirme une telle chose est pourtant une jeune fille surdouée de 12 ans qui dit, au début du roman L’Élégance du hérisson, de Muriel Barbery : « Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. » Elle parle donc en connaissance de cause.
Or, si cela est vrai – et nous le croyons –, cela signifie que l’intelligence n’est pas le noyau proprement dit de l’être humain, comme on veut bien l’affirmer lorsque l’on prétend que toute notre conscience et notre âme (la psyché) se trouvent dans le cerveau de chair, et que tout résulte de l’action de nos neurones et des liens des dendrites.
Si l’intelligence en soi n’a aucune valeur ni intérêt, qu’est-ce qui en a ? Si ce n’est pas la tête, est-ce donc le cœur, alors ? Et quel est ce cœur ? Certainement pas l’organe pompeur de sang que l’on a cru longtemps être le siège de la conscience.
Si l’on parle de cœur en ce sens, de nos jours, c’est plutôt à la manière d’une métaphore. Mais une métaphore de quoi ? Quel est ce bien-être que l’on ressent au niveau du cœur et qui est relié à la bonté, au courage et à la noblesse de l’âme ?
La réponse se trouve effectivement dans l’âme qui nous relie à notre moi véritable de genre spirituel. C’est lui qui survit lorsque le cerveau s’arrête avec le cœur, et c’est lui qui est témoin des efforts de réanimation dont nous parlent ceux qui ont vécu des expériences de mort imminente.
Pour l’esprit qui ne meurt pas, le corps n’est qu’un outil lui permettant de vivre sur Terre. Et il en va de même de l’intelligence du cerveau, strictement terrestre et périssable, qui fait partie de ce corps matériel. Le fait de savoir cela nous permet de communiquer différemment avec les personnes dont le cerveau est déficient, à cause de l’âge ou pour d’autres raisons.
C’est directement avec leur âme, alors, que l’on tente de communiquer, en passant par le cœur. Et cela réussit, bien souvent.
Il est parfaitement exact de dire que l’intelligence n’est pas un but en soi. D’ailleurs, personne n’aime ceux qui utilisent leur intelligence au détriment du cœur – au détriment de l’esprit proprement dit. Et toute œuvre résultant du seul travail de l’intellect est froide, terne et périssable – car il lui manque la chaleur du cœur et la chaleur de l’esprit.
L’intelligence doit vraiment devenir un outil utilisé pour le bien de tous, un outil au service de l’esprit et des valeurs spirituelles, c’est-à-dire des valeurs durables. « À quoi sert l’intelligence si ce n’est à servir ? »
Voilà qui contraste avec la vision de « tous ces gens intelligents qui ne savent que faire de leur intelligence », comme le dit le jeune personnage du roman… mais qui pourtant correspond à ce que ressentent les gens de cœur pour qui l’intelligence n’a jamais été une fin en soi. Ces derniers utilisent plutôt « l’intelligence du cœur », comme le dit si bien cette expression.
Normand Charest pour les Publications du Graal