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Chronique

D’après Rûmi, poète persan du 13e siècle

Qu’est-ce que l’intelligence ? Le Message du Graal répond à cette question en nous apprenant qu’il y a d’un côté l’intellect et de l’autre l’intuition. L’intellect est le fruit du cerveau, qui agit comme une sorte d’ordinateur traitant des données matérielles : celles qu’il reçoit d’une part des cinq sens du corps et, de l’autre, ce que l’intuition a reçu et lui transmet dans une forme qui lui est adaptée.

L’intellect ne peut fonctionner qu’avec des données matérielles ; tout le reste dépasse sa compréhension. Or, nous ne sommes pas que matière. En réalité, notre moi réel, notre vraie conscience appartient au plan spirituel, et le corps n’est qu’un « vêtement » animé par notre esprit.

La communication entre notre esprit et notre intellect se fait par l’intuition, qui elle est reliée au cervelet. En bref, cela fonctionne ainsi : ce qui provient de l’esprit pénètre le corps au niveau du plexus solaire (que l’on ressent comme étant le cœur, comme dans la phrase bien connue : « On ne voit bien qu’avec le cœur » du Petit Prince de Saint-Exupéry) puis se rend au cervelet, qui transforme les données reçues en images, que l’intellect pourra transformer à son tour en pensées. Évidemment, cela se fait aussi dans le sens inverse : de l’intellect – à l’intuition – puis à l’esprit, en une suite de « traductions ».

On retrouve la connaissance intuitive de ces deux sortes d’« intelligence » chez Rûmi, un poète persan du 13e siècle, qui l’exprime assez brillamment dans ce poème, où les deux premières strophes parlent de l’intellect, et les deux suivantes de l’intuition. Dans une version d’aujourd’hui, cela devient :

Il y a deux sortes d’intelligence : l’une acquise, comme un écolier mémorise des faits et des concepts tirés des livres ou de ce que dit le professeur, amassant des informations venues des sciences, autant classiques que nouvelles.

Avec une telle intelligence, vous vous élevez dans le monde. On vous place devant ou derrière les autres selon votre capacité à retenir l’information. Vous cheminez avec cette intelligence d’un champ à l’autre du savoir, accumulant les notes sur vos tablettes.

Il y a cependant une autre sorte de tablette, déjà complète et abritée en vous. Une eau débordant de sa source. Une fraîcheur au centre de la poitrine. Cette autre intelligence ne jaunit ni ne stagne. Elle est fluide et ne vient pas de l’extérieur vers l’intérieur par les circuits et la plomberie de la connaissance.

Cette seconde intelligence est une fontaine qui jaillit de vous vers l’extérieur.

– Voilà une superbe évocation de ce qu’est l’intuition.

Il y a ainsi en nous une intelligence « déjà complète », antérieure à la naissance de ce corps physique. Elle est ressentie par le poète comme « une fraîcheur au centre de la poitrine » : il s’agit donc d’une sensation au niveau du plexus solaire, là où le corps et l’esprit sont en contact.

Cette sensation indique qu’il s’agit d’une intuition, venue de l’esprit, qui se dirige vers le cervelet où elle sera traduite pour la compréhension de l’intellect. Le cervelet s’exprime en images, et non en mots. C’est l’intellect qui traduira ces images en pensées puis en mots.

Ainsi, les images précèdent les mots. L’importance des images en poésie (métaphores, comparaisons) indique que celle-ci est proche de l’intuition. Les textes sacrés contiennent aussi beaucoup d’images, pour la même raison, et parce que leur contenu s’adresse d’abord à l’esprit.

Normand Charest pour les Publications du Graal

messagedugraal.org

(Note : le poème de Rûmi a été traduit de la version anglaise de Coleman Barks, The Essential Rumi, 1995.)

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