« Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété »
« Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? […] Einmal ist keinmal. Une fois ne compte pas. Une fois n’est jamais. Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout. »
Cette citation est extraite de L’insoutenable légèreté de l’être (1) du romancier tchèque Milan Kundera (1929-). En effet, la vie peut sembler absurde, vue sous cet angle, et le destin aveugle qui nous imposerait une telle existence sans but.
Mais accepter de croire que la vie est absurde et que tout relève du hasard… est absurde en soi. Car cela ne tient pas compte de la beauté que l’on observe en tout, dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit. Et cela ne rend pas justice à l’ordre si élégant qui se dégage de la complexité du monde que notre compréhension ne fait qu’effleurer.
Affirmer que tout est absurde, c’est avouer notre ignorance… en même temps que notre besoin de mieux comprendre. Un livre écrit en chinois ne vous dira rien, si vous ne savez lire que le français – même s’il contient la plus grande des sagesses.
« Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout. » Relisons le passage de Kundera, mais cette fois en supposant que nous vivons plus d’une fois. En supposant que nous vivons une longue succession de vies sur Terre, au cours desquelles nous maturons. Et d’autres vies aussi sur divers plans plus légers que la Terre. Jusqu’à ce que nous retournions à la fin, bien éveillés, à notre patrie spirituelle.
En relisant ce passage avec la connaissance des vies multiples de l’être humain, nous comprenons que l’acteur n’entre pas qu’une seule fois en scène, et qu’il y aura plus qu’une répétition générale de la pièce dans laquelle il joue sa vie.
« Une fois ne compte pas. » Et effectivement, il ne nous est pas donné qu’une seule vie terrestre par l’Auteur des lois qui animent les mondes.
Une vision matérialiste de la vie mène forcément à l’absurde, pour celui qui s’efforce de réfléchir. Mais celui-là est déjà à la recherche d’une réalité plus profonde, où se trouve la réponse à ses questionnements existentiels – qui sont en fait des questionnements spirituels.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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(1) Cité par Alain Finkielkraut dans Un cœur intelligent, 2009, p. 196.