Dans La Guerre et la Paix de Tolstoï, on trouve souvent des élans d’une quête spirituelle chez les personnages, comme lorsque le comte Pierre dit au prince André, en tentant de le convaincre de ce qu’il vient de découvrir : « Je sens qu’en dehors de moi, au-dessus de moi, vivent des esprits et que dans ce monde-là la vérité existe » (tome I, p. 635*).
Un peu plus loin, le narrateur ajoute, à propos d’André : « … quelque chose en lui, quelque chose de jeune et de joyeux, le meilleur de lui-même, s’éveilla dans son âme. … Son entrevue avec Pierre marqua pour lui le début d’une vie qui, apparemment inchangée, était au plus profond de son être une vie nouvelle. »
Puis à la fin du tome I apparaît la comète de 1812, celle qui, croyait-on, annonçait la « fin du monde » – mais aussi le commencement d’une « vie nouvelle » pour Pierre.
Or, on verra chez ces deux personnages des oppositions entre les idéaux qui les appellent et ce qu’ils choisiront de faire dans leurs vies respectives. Ce qui est bien dans cette œuvre de Tolstoï, c’est cela : on ne cache pas les défauts, les imperfections des vies humaines, leurs incohérences, leurs contradictions et leur superficialité. Et que tous ces défauts se mêlent, chez certains, à une réelle quête de sens, à une véritable quête spirituelle.
Ainsi, on peut dire que le titre de Guerre et Paix ne s’applique pas seulement aux événements extérieurs des personnages, mais aussi à ce qu’ils vivent en leur âme où règne une guerre entre le bien et le mal : une guerre entre la Lumière naturelle – qui veut le bien du monde et de toutes ses créatures – et ce qui cherche à s’y opposer.
Cette quête spirituelle que l’auteur attribue à ses personnages, on veut bien croire qu’elle provenait de l’auteur lui-même, de sa vie intérieure qu’il exprimait ainsi dans les pages nombreuses de ses livres. Une quête, avec toutes ses péripéties, dans laquelle un bon nombre de lecteurs devaient se retrouver. Et c’est toute cette richesse de vécus humains qui a sans doute accordé la pérennité aux œuvres de Tolstoï.
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Tolstoï, La Guerre et la Paix, tome I, collection Folio n° 287.