Chez Shakespeare, le portrait des défauts humains est peint avec autant de force que de poésie. C’est pourquoi son œuvre perdure. Car, en tant que lecteur, nous n’aimons pas que les « fleurs bleues », mais aussi ce qui nous instruit sur l’histoire humaine avec toutes ses fausses voies… et qui nous aide, en même temps, à nous comprendre nous-mêmes.
Dans Le Roi Lear (1606), on peut lire : « Le Temps déploie les plis cachant la fourberie, / Des forfaits qu’il voilait, la honte un jour se rit. » (Acte I, scène 1*.) Autrement dit : tout finit par se savoir ; les lois du destin font ressortir les choses au grand jour, pour qu’elles se jugent d’elles-mêmes.
À notre époque encore, tant de fourberies se montrent au grand jour ! Ce qui aurait fait mourir de honte une personne de bon vouloir, autrefois, veut se faire voir aujourd’hui comme naturel et sans conséquence.
Et ainsi le tri se fait : d’un côté, ceux qui acceptent la banalisation du mal ; de l’autre, ceux qui préfèrent sauver leur âme et sacrifier le confort terrestre, plutôt que de céder à ce chantage moral.
Les nôtres aussi
S’il est facile de voir ce qui ne va pas à l’extérieur, dans les États et dans les sociétés en général, pensons en premier lieu aux « fourberies » que nous pouvons corriger en nous-mêmes et tout de suite. Ce sont ces faiblesses que nous cachons en nous, comme si elles étaient sans conséquence, alors que ce n’est pas le cas. Leurs conséquences reviennent assurément sur nous, car « aux entêtés, / les malheurs qu’ils s’attirent eux-mêmes / doivent servir de leçon. » (Le Roi Lear, acte I, scène 4*.)
Normand Charest pour les Publications du Graal
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* Citations prises dans la traduction française du Roi Lear par Jean-Pierre Déprats, collection Folio Théâtre n° 8, Gallimard, 1993.