Le lien naturel entre l’art et le spirituel se retrouve dans cette page de Proust, ainsi que la notion de réincarnation – qui décidément était plus courante qu’on ne peut se l’imaginer aujourd’hui, à propos de cette époque :
« Mort à jamais ? Qui peut le dire ?… Tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure ; il n’y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés de faire le bien, à êtres délicats, même à être polis, ni pour l’artiste athée à ce qu’il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers… Toutes ces obligations qui n’ont pas leur sanction dans la vie présente semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté… un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d’y retourner, revivre sous l’empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l’enseignement en nous, sans savoir qui les y avaient tracées… » (Marcel Proust, À la recherche du temps perdu).
Normand Charest pour les Publications du Graal