Dans son plus récent livre (Les yeux tristes de mon camion, novembre 2016, éditions du Boréal), l’anthropologue et auteur Serge Bouchard, à la voix grave bien connue à la radio, nous parle avec bonheur de la lenteur, plus propice à la réflexion que la vitesse et la précipitation.
« Ne pas suivre la parade a son avantage », écrit-il, « on voit mieux le défilé lorsqu’on n’est pas dedans. »
« Au royaume des idées, il est recommandé de réfléchir un peu. Penser vite n’est pas un atout quand il s’agit d’exprimer autre chose qu’un réflexe ou une opinion. »
Depuis toujours, la sagesse naît de longs moments d’observation et de réflexion. Cela implique de « sortir de la parade » et de se retirer en soi pour réfléchir, et donc de se donner du temps en silence.
Nous surfons à la surface des choses…
La vitesse n’est pas synonyme de civilisation, nous dit l’auteur. « Nous les adorateurs du veau d’or de nos puissantes technologies, nous surfons à la surface des choses, sans rien savoir de la véritable nature de la vague. »
Voilà une image puissante : en allant trop vite, notre pensée glisse en surface sans aller au fond des choses.
À mon avis, il en va de même de nos conversations trop rapides qui ressemblent à des parties de ping-pong. Pas le temps d’écouter l’autre vraiment, et peut-être de découvrir une valeur dans ses paroles, avant de lui exprimer notre opinion.
Tout le contraire des anciennes et lentes conversations amérindiennes, bien posées et entrecoupées de silences, qui ressemblaient plus à de vrais dialogues, à de véritables échanges.
Les conversations superficielles ne constituent pas de vrais échanges, puisqu’aucune des parties n’en tire profit. Au contraire d’un marché où l’on observe avec intérêt chaque marchandise qu’on nous offre avant de proposer les nôtres en échange, chacun fait la promotion bavarde de ses produits sans s’intéresser à ce qu’offre l’autre.
Éloge de la lenteur et de l’écoute, de la profondeur où se tiennent les vraies valeurs, celles qui sont durables et naturelles, et donc indémodables.
« Il file, il file, le monde moderne, mais comment lui dire qu’il ne s’en va nulle part ? Un show de boucane, vous dirait mon ami camionneur. »
« À force de mener ce train d’enfer, nous arrivons à l’impolitesse suprême : ignorer la beauté du monde dans lequel s’inscrit notre course folle. »
Après avoir publié une vingtaine de livres, Serge Bouchard n’a pas fini de nous toucher, en un style particulièrement généreux. Le conteur en lui est au meilleur de sa forme !
Normand Charest pour les Publications du Graal