« Pour qu’une valeur, ou une vertu, prenne racine dans une société, il convient de ne pas mentir à son propos, c’est-à-dire de payer pour elle, chaque fois qu’on le peut. »
« On peut souhaiter sans doute, et je le souhaite aussi, une flamme plus douce, un répit, la halte propice à la rêverie. Mais peut-être n’y a-t-il pas d’autre paix pour l’artiste que celle qui se trouve au plus brûlant du combat. […] Cherchons au contraire le répit où il se trouve, je veux dire au milieu même de la bataille. […] Les grandes idées, on l’a dit, viennent dans le monde sur des pattes de colombe. Peut-être alors, si nous prêtions l’oreille, entendrions-nous, au milieu du vacarme des empires et des nations, comme un faible bruit d’ailes, le doux remue-ménage de la vie et de l’espoir. Les uns diront que cet espoir est porté par un peuple, d’autres par un homme. Je crois qu’il est porté au contraire suscité, ranimé, entretenu, par des millions de solitaires dont les actions et les œuvres, chaque jour, nient les frontières et les plus grosses apparences de l’histoire, pour faire resplendir fugitivement la vérité toujours menacée que chacun, sur ses souffrances et sur ses joies, élève pour tous. »
Ces paroles sont extraites du discours que prononça Albert Camus lorsqu’il reçut le Prix Nobel de littérature en décembre 1957 et publié sous le titre Discours de Suède. Les petits livres contiennent souvent de grandes richesses sous une forme condensée, et c’est le cas pour celui-ci.
On y trouve toutes sortes de valeurs – de petites gouttes de vrai – qu’il convient de souligner. Dès le départ, lorsqu’il est dit qu’il faut « payer » pour qu’une valeur prenne racine, cela signifie que notre vouloir doit obligatoirement se transformer en acte pour donner des fruits, sinon il s’étiolera et disparaîtra sans laisser de trace.
Le conseil de chercher la paix dans la bataille est aussi précieux, puisque c’est dans le mouvement que nous la trouverons, et dans le combat contre la fausseté. La douce rêverie ne nous est permise que de temps à autre, pour nous offrir une pause dans le travail de la vie.
Puis il nous parle de ce « bruit d’ailes » dans le vacarme extérieur, comme une source de paix et de force qui nous arrive de l’intérieur. Il nous rappelle aussi que l’édification se fait à partir de petites choses et des efforts de « millions de solitaires […] pour faire resplendir fugitivement la vérité toujours menacée ».
Autre conseil des plus importants. Vous vous croyez seul à tenir à certaines valeurs, à la vérité, dans un monde dont le vacarme proclame le contraire ? Vous n’êtes pas seuls, nous dit Camus, vous êtes des millions et ensemble, discrètement peut-être, vous soutenez ce qu’il reste de vrai. Mine de rien, vous menez le bon combat. Gardez espoir et persévérez !
Ces petites gouttes de vrai, glanées dans les écrits de Camus ou dans ceux d’autres auteurs, réconfortent ceux qui cherchent et qui ont la nostalgie du vrai.
Normand Charest pour les Publications du Graal – http://messagedugraal.org