On trouve souvent une douce magie dans les romans russes du 19e siècle, romans, nouvelles et théâtre. Chez Tchékhov, par exemple : une façon de décrire la nature, une lenteur comme à la campagne, mais légère, sans lourdeur. Une belle étude des personnages, une certaine quête de sens spirituelle, ou du moins philosophique.
Il y a de l’authenticité dans beaucoup de ces écrits. Puis un beau style ancien mais charmant, jamais poussiéreux ou trop maniéré. Et elle est toujours belle en traduction française, cette littérature russe du 19e siècle.
« — Mais la vie nous est-elle compréhensible ? » demande un personnage de Tchékhov, dans Les groseilliers et autres nouvelles (Folio 5999, p. 19). « Dites-moi : la comprenez-vous mieux que l’au-delà ? »
J’aime bien ces questions. D’abord, elles supposent l’existence d’un au-delà, dont on parle beaucoup moins, de nos jours. Et puis le fait qu’on ne comprenne pas grand-chose au sens de la vie ; le fait de se poser des questions sur ce sens et le besoin de le faire ; le fait de ne pas être tranquille dans cette ignorance, — c’est déjà quelque chose !
Pour celui qui cherche, cette question fait du bien. C’est un feu de bois qui crépite dehors par un soir d’été, alors que nous réfléchissons en silence. Devant nous, la bonne chaleur. Dans notre dos, la fraîcheur qui tombe. Au-dessus de nos têtes, le ciel étoilé, froid et beau.
À l’intérieur de nous, une belle chaleur, une belle paix. Chercher, c’est déjà trouver (un chemin, une direction). Il s’agit de faire de la place en nous, pour voir plus clair. Il s’agit de faire silence, pour mieux entendre et finalement comprendre.
« — Mais la vie nous est-elle compréhensible ? Dites-moi : la comprenez-vous mieux que l’au-delà ? »
Comprenons-nous le sens de la vie ? Or, il faut d’abord le chercher pour le trouver.
Normand Charest pour les Publications du Graal