« Ce n’est pas avec ma tête / Que j’entends mon cœur qui bat », écrit Jacques Prévert dans son recueil Histoires publié en 1946.
Cette opposition cœur et tête, on la retrouve souvent. De façon empirique, beaucoup l’acceptent comme une évidence, alors que d’un autre point de vue, que l’on dit rationnel, on place toute conscience dans le cerveau.
De nos jours, on sait bien que la conscience ne se trouve pas dans l’organe physique appelé cœur, même si on l’a déjà cru dans le passé. Pourtant, on utilise encore cette image du cœur qui n’a rien perdu de sa valeur symbolique.
D’où vient cette image ? Le cœur, c’est l’intuition, c’est le ressenti, c’est l’empathie, c’est l’amour des autres, c’est d’investir dans des valeurs non quantifiables qui pourtant font toute la richesse de notre vie.
À l’opposé, la tête c’est le cerveau qui sait compter et construire des choses. Qui sait combien de blé il faut mettre de côté pour l’année à venir, pour les prochains semis et aussi pour les années de mauvaises récoltes. On lui en sait gré.
À condition que ses calculs sérieux ne prennent pas toutes nos journées !
Le cœur nous donne plaisir à travailler ensemble, à aider les autres et à être aidé.
Le cœur voit aussi plus loin que le blé et le pain et le décompte des récoltes. Il s’intéresse aussi à ce qui ne se mange pas par la bouche, mais qui nourrit l’âme. Le cœur se nourrit de beauté et plante des jardins autour des demeures. Des jardins de fleurs et d’ombrage, des jardins de paix et de réflexion.
Le cœur embellit tout ce qu’il touche et dès lors, les objets n’ont plus seulement un rôle utilitaire : ils deviennent des objets d’art.
Le cœur recherche aussi la sagesse, qui est une autre forme de beauté. Et tout en étant bien ancré dans la matière, le cœur nous relie ainsi à toutes sortes de courants lumineux, qui nous élèvent vers des plans plus légers d’où nous tirons, nous aussi, notre origine. Les courants nous relient à des hauteurs d’où nous viennent la force et la lumière.
Le cœur est le pont qui mène à notre esprit, et donc aussi aux valeurs spirituelles dont il a besoin pour vivre, autant que le corps a besoin de blé.
« Ce n’est pas avec ma tête / Que j’entends mon cœur qui bat »
Ce cœur qui bat au rythme des valeurs profondes, ce n’est pas avec ma raison que je l’entends en premier lieu, mais avec mon intuition plus rapide. Par elle, je reçois des inspirations qui nourrissent ensuite ma réflexion. Puis qui donneront du travail à ma raison, afin qu’elle construise de bonnes choses avec ce qu’elle aura reçu d’en haut.
Ce cœur qui bat au rythme de l’esprit et qui en est le pont.
Normand Charest pour les Publications du Graal