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Chronique

L’auteure autochtone Carol Rose Daniels met en scène, dans son roman Peau d’ours*, un personnage féminin qui pourrait lui ressembler puisqu’elle est, comme elle, journaliste et autochtone, tâchant de faire sa vie et son travail malgré le racisme enraciné dans certains milieux.   

Adopté à la naissance par une famille non autochtone, son personnage tente de retrouver les connaissances de ses ancêtres qui ne lui ont pas été enseignées. Au cours de ce cheminement lui viennent graduellement des visions, par le biais de rêves ou autrement.

Dans une de ses visions, elle se retrouve entourée avec un groupe de personnes, par des ours noirs qui semblent menaçants. Cependant, le plus grand des ours s’avance vers elle et lui parle de façon « télépathique ». Il lui parle en cri et elle le comprend, malgré son ignorance de cette langue que :   

Nous sommes ta famille

« Nul besoin d’avoir peur. Nous ne vous ferons aucun mal. […] Nous sommes votre protection. Nous l’avons toujours été. Tant que vous mènerez une bonne vie, nous serons toujours là. Vous n’aurez qu’à demander. […] Nous sommes ta famille et nous sommes ici pour te ramener chez toi » (p. 143).

On a souvent entendu parler du rôle protecteur de l’ours dans les traditions autochtones.

Les relations traditionnelles des autochtones avec les animaux sont bien différentes de ce que nous connaissons. Dans ces anciennes traditions, les animaux sont considérés comme des frères particuliers pour au moins deux raisons.

Premièrement, parce qu’ils font le sacrifice de leurs corps pour nous nourrir et nous aider de diverses manières. Deuxièmement, nous devons les respecter à cause de leur force qui pourrait nous détruire, si notre relation avec eux n’était pas juste.   

Ces traditions sont en net contraste avec les attitudes répandues selon lesquelles : (a) soit les animaux sont à notre service et on peut en faire ce que l’on veut – ils sont nos proies ; (b) soit ils sont menaçants parce qu’ils peuvent être des prédateurs ou parce qu’ils peuvent nous transmettre des maladies – il faut donc les craindre et se protéger d’eux.  

Dans ces deux cas, nous nous coupons de la nature, mais en même temps de toute l’aide que peut nous apporter la connaissance des animaux et des éléments : une aide essentielle pour comprendre les lois et le fonctionnement du monde dans lequel nous vivons. Un monde que nous n’avons pas créé et dans lequel nous ne sommes que des hôtes.

En considérant le rôle protecteur des ours raconté par Carol Rose Daniels, je ne peux m’empêcher de penser à ma petite enfance, alors que l’ours en peluche était mon protecteur contre les monstres de la nuit. On peut en rire et trouver cela trop léger… ou on peut y voir une sorte de lien ancien et symbolique avec l’ours protecteur, l’enfant étant ainsi protégé par les êtres de la nature.    

Normand Charest pour les Publications du Graal 

messagedugraal.org   

________________

* Carol Rose Daniels, Peau d’ours, éd. XYZ, Montréal, 2018. Traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Cardinal-Corriveau (Bearskin Diary, Nightwood Editions, 2015).

Carol Rose Daniels est d’origine crie et dénée et vit en Saskatchewan.             

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