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Chronique

Toujours dans le roman La Guerre et la Paix de Tolstoï, passé le milieu du premier tome, de grands changements apparaissent chez le personnage du jeune comte Pierre, après la rupture avec sa femme et le duel où il avait fait feu pour la première fois sur quelqu’un, lui qui n’avait aucune expérience de ces armes.

Après s’être séparé de sa femme en lui laissant la moitié de sa fortune, il quitte Moscou pour aller vers une nouvelle vie. Plus rien ne le touche, il ne voit plus rien et ne répond plus aux questions qu’on lui pose.

Il est en pleine crise existentielle, bien que cette expression ne soit pas utilisée dans le livre où l’action se passe en un temps, au début du 19e siècle, où ce terme n’est pas encore en usage.  

« “Qu’est-ce qui est mal ? Qu’est-ce qui est bien ? Que doit-on aimer ? Que doit-on détester ? Pourquoi vivre ? Et que suis-je, moi ? Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la mort ? Quelle force gouverne tout ?”

Et il n’avait de réponse à aucune de ces questions, sauf une réponse illogique et qui ne répondait nullement à ses questions. Cette réponse était : “Tu mourras et tout sera fini. Tu mourras et tu sauras tout, ou bien tu cesseras d’interroger.” » (p. 568-569)

Un grand nombre de questions existentielles se bousculent dans cette impressionnante réflexion de Pierre. Les romans « éternels » du 19e siècle ne sont donc pas que des romans d’aventures. Au contraire, ils peuvent aussi contenir de profondes réflexions.

Quelle force gouverne tout ?

Peut-on encore se poser ce genre de questions, deux siècles plus tard ? Les a-t-on finalement toutes résolues, ces questions ? La science a-t-elle pu répondre à tout, ou a-t-on encore espoir qu’elle le fera ?

… Ou nous sommes-nous résignés à l’engourdissement spirituel, qui consiste à ne plus écouter les questions qui surgissent en nous ? Nous sommes-nous résignés à l’absence de réponses, alors que ces questions nous habitent depuis notre arrivée sur Terre, il y a on ne sait combien de millénaires ?

Cependant, chaque enfant interroge à nouveau : Pourquoi le ciel est-il bleu ? Où va mon chat après sa mort ? Et ainsi de suite, avec des questions de plus en plus sérieuses lorsqu’arrive l’adolescence.  

Elles nous appartiennent, ces questions. Elles nous aiguillonnent pour nous réveiller ou nous tenir éveillés. On ne doit ni les ignorer ni les dénigrer, autant en nous que chez les autres.

Comme une eau pure

Un voyageur rencontré dans une auberge dira à Pierre, à propos de Dieu, auquel il ne croyait pas jusqu’alors : « On ne L’atteint pas par l’intelligence, on L’atteint par la vie. » Suivront de longues pages qui illustreront le fait que cette recherche spirituelle ne se limite pas à l’intellect. Et puis :

« La sagesse et la vérité sont comme une eau absolument pure que nous désirons absorber, dit-il. Si je recueille cette eau pure dans un vase souillé, puis-je juger de sa pureté ? Ce n’est qu’en me purifiant moi-même intérieurement que je puis maintenir jusqu’à un certain point la pureté de cette eau. » (p. 575)

Voilà que les réponses à ses questions lui viennent, finalement, pour le sortir de sa détresse. Mais pour comprendre le contenu de ces réponses, pour nous élever au niveau de ces réponses, il nous faut changer nous-mêmes intérieurement, comme l’exprime l’image du vase à purifier.

« Si Dieu existe, si la vie future existe, la vérité existe aussi, et le bien ; et le bonheur suprême c’est de s’efforcer de les atteindre. » (p. 636)

Normand Charest pour les Publications du Graal 

messagedugraal.org 

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