« Notre âme est immortelle, mais nos moyens sont bornés. Nous gravitons sans cesse vers un idéal que nous n’atteignons jamais. Nous rêvons le bien, mais n’atteignons jamais que le mieux. À peine sommes-nous arrivés au terme que nous nous étions assigné, que nous découvrons des horizons que nous n’avions même pas soupçonnés. Nous nous y précipitons, et ces horizons, explorés à leur tour, nous en découvrent d’autres qui nous entraînent, encore et toujours plus loin.
Ainsi en sera-t-il tant que l’homme sera ce qu’il est, tant que l’âme immortelle habitera le corps mortel ; ses désirs seront toujours plus vastes que ses moyens, ses actions n’arriveront jamais à la hauteur de ses conceptions. Il est le véritable Sisyphe de la fable ; son œuvre toujours finie est toujours à recommencer.
Cette condition de notre nature est précisément ce qui fait la grandeur de l’homme ; car elle condamne fatalement au mouvement, au progrès ; nos moyens sont bornés, mais notre nature est perfectible, et nous avons l’infini pour champ de courses. »
Il s’agit là d’un beau texte qui pourrait décrire le cheminement spirituel de l’être humain, son besoin de s’élever vers des plans toujours plus élevés, à mesure de l’éveil et de l’évolution de son esprit. À peine atteignons-nous le but que nous nous étions fixé, que nous découvrons un horizon encore plus élevé. Comme s’il s’agissait d’un grand escalier dont nous découvrions les marches une à la fois, au cours de notre ascension.
Or, ce texte de valeur spirituelle, ou à tout le moins philosophique, est en réalité extrait d’un discours de Wilfrid Laurier, donné à Québec le 26 juin 1877, dans lequel il tentait d’expliquer sa vision du « libéralisme politique ».
Cela se passait au 19e siècle, à une époque qu’on pourrait croire moins éclairée que l’époque actuelle, et sans les moyens de communication dont on dispose aujourd’hui. Mais quelle grandeur dans ce discours ! Autant par la qualité de son style que par la hauteur de son inspiration et la logique avec laquelle il expose ses idées.
Peut-on encore trouver une telle qualité dans les discours politiques, de nos jours ?
Normand Charest pour les Publications du Graal
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Citation extraite de : André Plante, Wilfrid Laurier à Québec, le 26 juin 1877. Biographie d’un discours, éd. du Boréal, 2017, p. 85-86.
Wilfrid Laurier (1841-1919) fut le septième Premier ministre du Canada et le premier de langue française. Son visage apparaît sur les billets bleus de 5 dollars canadiens.