En 2011, aux Éditions du Seuil, Hubert Reeves a publié un petit livre intitulé L’Univers expliqué à mes petits-enfants. Cet écrit est né de conversations que l’auteur, astrophysicien, a eues avec sa petite-fille de 14 ans, en contemplant avec elle les étoiles des soirs d’été. « Grand-papa », lui dit-elle, « quand j’ai dit à mes amis que nous allions écrire ce livre sur l’Univers, ils m’ont posé des tas de questions à te transmettre. » Il s’agit donc d’un livre de vulgarisation dont le but est de rendre plus accessibles des notions scientifiques abstraites.
La question de l’existence de Dieu est abordée vers la fin du livre par la jeune fille qui demande s’il y a un grand architecte, un programmeur à cet Univers. – La science ne peut y répondre, lui dit l’homme de science. – Pourtant, s’il n’y avait rien, personne ne poserait cette question, s’exclame-t-elle. – On peut constater qu’il y a des forces et des lois qui régissent l’Univers… – Mais il me semble que tu ne fais que reculer la question… Plus loin, elle ajoutera : « Qui a conçu ces lois ? »
Et puis il y a cette belle expression, à la fois prudente et ouverte : « absence de preuve n’est pas preuve d’absence », qui résume bien l’attitude de l’auteur, qui jongle avec l’objectivité scientifique et les questionnements philosophiques ou religieux sans jamais les confondre. Ce qui exaspère la jeune fille. Selon l’auteur, ces questions sont « hors de portée de notre compréhension. Elles échappent à l’activité de notre cerveau ».
Au début du livre, l’auteur parle d’un « testament spirituel ». Peut-être se trouve-t-il dans le dernier chapitre où il question de l’intelligence de l’homme, utile d’abord pour sa survie sur la Terre, dit-il, mais qui par la suite est devenue problématique, au point où il en vienne à détruire sa planète et compromettre sa propre survie par les effets néfastes de sa technologie.
Extrait de la préface : « Je dédie ce livre à mes petits-enfants. En commençant à l’écrire, j’ai pris conscience de la valeur symbolique que je pouvais lui donner : celle d’un testament spirituel. Que voudrais-je leur raconter sur ce grand Univers qu’ils continueront à habiter après moi ? J’ai alors songé à ces conversations avec l’une de mes petites-filles, où nous observions, étendus confortablement sur des chaises longues, le ciel étoilé. Je me suis senti revivre ces soirées de mois d’août avec mes enfants qui me bombardaient de questions pendant que nous attendions les étoiles filantes. La contemplation de la voûte céleste et le sentiment de notre présence parmi les astres provoquent un désir partagé d’en savoir plus sur ce mystérieux cosmos que nous habitons. Il sera ici question de science, ce qui n’exclut pas la poésie. » Et voilà ce qu’on aime chez Hubert Reeves.
Normand Charest pour les Publications du Graal