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Chronique

« Tu sais, murmura Natacha se penchant vers Nicolas et Sonia […] je pense qu’en remontant ainsi de plus en plus loin, on se souvient de tout et finalement de ce qui était avant qu’on ne fût né…

— C’est la métempsycose, dit Sonia qui avait toujours été une bonne élève et se rappelait tout ce qu’elle avait lu. Les Égyptiens croyaient que nos âmes avaient été des animaux et retournaient dans les animaux.

— Non, tu sais, je ne crois pas cela, que nous avons été des animaux, dit Natacha toujours à voix basse, bien que la musique se fût tue ; mais je suis sûre que nous avons été des anges, là-bas, quelque part, et que nous sommes venus ici, et que c’est pour cela que nous nous souvenons de tout… » (La Guerre et la Paix, tome I, coll. Folio n° 287, p. 853.)

Nous sommes vers 1812 en Russie, deux jeunes filles et un jeune homme d’une famille noble « philosophent » entre eux ; c’est le terme qu’utilise Natacha en réponse à un visiteur plus âgé qui vient de leur dire : « Comme la jeunesse est paisible… — Oui, nous philosophons… »

Le terme « métempsycose » utilisé par Sonia est formé à partir de racines grecques et signifie : l’incarnation de l’âme dans une succession de corps (« psyché » : l’âme ou l’esprit). De manière plus simple, on parle maintenant de « réincarnation ».

L’idée de la réincarnation a préoccupé plus d’une personne en divers lieux de la Terre, même là où cette idée ne faisait pas partie des enseignements habituels, comme c’est le cas ici dans ce récit de Tolstoï qui se déroule en pays chrétien orthodoxe.

Cela fait partie des questions qui s’éveillent en soi lorsqu’on cherche un sens à sa vie. D’où venons-nous ? Vers où allons-nous ?

Si l’âme ne meurt pas, c’est qu’elle continue de vivre en d’autres mondes ou en d’autres corps sur Terre ou les deux.

Cependant, Natacha a raison de penser que notre âme ne s’incarne pas dans des corps d’animaux, puisqu’il s’agit d’une âme humaine et non pas d’une âme animale. Les deux genres diffèrent et ne sont pas interchangeables.

Une origine angélique paraissait plus plausible à Natacha, mais nous ne sommes pas non plus des anges, seulement des esprits humains. Encore là, les genres diffèrent et ne sont pas interchangeables. Par contre, dans les mondes plus élevés, les esprits humains dans leurs corps plus légers apparaissent effectivement plus rayonnants que dans leurs corps terrestres.

Décidément, dans ce grand roman, Tolstoï nous donne très souvent l’occasion de « philosopher » et de chercher le sens profond des choses. Cette lecture dépasse le simple divertissement.

L’éveil de l’esprit

De manière naturelle, cette quête de sens et ces questions viennent aux jeunes gens alors que l’esprit s’éveille peu à peu en eux et rayonne à travers le corps, illuminant en premier lieu leur regard.

Lorsque le narrateur parle, un peu plus loin, du « charme » particulier de Natacha, c’est à cela qu’il fait référence, à ce rayonnement, et non pas seulement à sa beauté physique.

Dans les salons de cette époque, comme c’est le cas encore aujourd’hui, l’enthousiasme de ces jeunes gens est communicatif ! Comme une brise fraîche, il ranime les braises de l’esprit des adultes plus âgés qui les entourent. 

Normand Charest pour les Publications du Graal 

messagedugraal.org

L’éveil aux grandes questions : la réincarnation/L’éveil de l’esprit [chez les jeunes gens : Natacha, Sonia, Nicolas] (Tolstoï, La Guerre et la Paix, I). 580 mots

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