Le mercredi 21 mars 2007
L’insertion en emploi, une réelle priorité?
par Laurence Lavigne Lalonde, mairesse de l’arrondissement Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension
Montréal, le 21 mars 2007 – La Coalition des organismes
communautaires pour le développement de la main-d’oeuvre (COCDMO)
est très préoccupée de constater que la lutte contre la pauvreté
et l’exclusion sociale n’a jamais ou si peu été à l’ordre du jour
de la présente campagne électorale. À preuve, aucun des chefs n’a
même prononcé le mot pauvreté lors du dernier débat. Qui plus
est, la question de l’emploi a également été très peu à l’honneur
si ce n’est pour annoncer plutôt timidement que des solutions
devront être trouvées afin de contrer les pénuries de
main-d’oeuvre spécialisées.
Dans les faits, les seuls engagements chiffrés sont ceux de
l’Action démocratique du Québec (ADQ) qui prétendent pouvoir
intégrer 25 000 assistés sociaux sur le marché de travail en neuf
mois. Pour ce faire, au regard des économies prévues (175
millions) on investit que très peu (20 millions) dans la
formation, l’accompagnement ou l’aide à l’emploi : ainsi, pour
l’essentiel, on a déjà prévu d’autres dépenses pour les montants
épargnés sans qu’une personne ne soit déjà à l’emploi!
D’entrée de jeu, une telle prévision nous apparaît
irréaliste, voire inquiétante. Elle fait fi de la complexité du
défi de l’intégration des personnes éloignées du marché de
travail. Souvent sans formation, sans expérience de travail,
vivant des difficultés liées à une multitude de problèmes
sociaux, ces personnes ne peuvent pas toujours, du jour au
lendemain, atteindre les niveaux de productivité que les
employeurs exigent. Le défi est donc double, car il faut
identifier les entreprises prêtes à investir dans l’intégration
et la formation de ces personnes; tout en créant des conditions
facilitantes pour permettre aux personnes éloignées du marché de
travail de réussir leur intégration à l’emploi et ensuite
récolter un retour significatif sur cet investissement.
En somme, il n’y a pas de solutions simples, mais il y a
des solutions. L’approche doit être plus globale. L’insertion en
emploi des personnes éloignées ou exclues du marché du travail
fait partie de ces solutions, mais ceci ne se fera pas sans
moyens. Le Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et
l’exclusion sociale abondait d’ailleurs en ce sens en suggérant
récemment à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale
d’augmenter les investissements dans l’aide à l’emploi.
Certes, le taux d’emploi atteint aujourd’hui des niveaux
élevés et le taux de chômage est faible. Toutefois, en février
2007, seules trois provinces canadiennes affichaient un taux
d’emploi inférieur au Québec et le constat est le même en ce qui
concerne le taux de chômage qui, toujours au même moment, plaçait
le Québec au troisième rang des provinces ayant le taux de
chômage le plus élevé.
Ainsi, même si la situation s’est quelque peu améliorée
dans les dernières années, il reste encore beaucoup à faire en
matière d’intégration en emploi des personnes plus éloignées du
marché du travail. À cet égard, en partenariat et en
complémentarité avec le gouvernement, les entreprises et les
syndicats, les organismes communautaires oeuvrant entre autres
dans les secteurs de l’employabilité, de la formation et de
l’économie sociale constituent des acteurs de premier plan et
sont des plus préoccupés par l’amélioration de l’adéquation entre
la demande et l’offre d’emplois.
Intervenant quotidiennement auprès des personnes laissées
pour compte, sans égard au fait que celles-ci soient déclarées
aptes au travail ou comme ayant des contraintes à l’emploi, les
groupes communautaires ont conçu des programmes de formation et
des outils de développement de la main-d’oeuvre spécifiquement
adaptés en vue de supporter et d’accompagner ces personnes vers
le marché de l’emploi et d’assurer également leur maintien en
emploi. Ce faisant, ils s’impliquent activement dans la lutte
contre la pauvreté et l’exclusion et offrent une partie de la
solution aux pénuries actuelles et appréhendées de main-d’oeuvre.
Enfin, rappelons que des récentes données de la Fédération
canadienne des entreprises Indépendantes (FCEI) révèlent que 32
000 postes sont demeurés vacants pendant au moins quatre mois en
2006. Pour la moitié des entreprises interrogées, la pénurie de
main-d’oeuvre touchait surtout des emplois n’exigeant qu’un
diplôme de niveau secondaire ou moins.
Le Québec a-t-il encore les moyens de se priver d’un
capital humain qui regorge de talents et de compétences, pourvu
qu’on lui accorde l’attention et le soutien nécessaires à sa
pleine contribution sociale? Comme le souligne Sylvie Roy,
présidente de la Coalition, il importe maintenant et plus que
jamais de ramener et de maintenir ces questions au coeur des
stratégies politiques, de sortir des sentiers battus pour
répondre adéquatement aux enjeux actuels et à ceux qui risquent
de nous surprendre par leur ampleur…
À propos de la Coalition
La Coalition des organismes communautaires pour le
développement de la main-d’oeuvre (COCDMO) est reconnue comme
mandataire du milieu communautaire depuis 1992. La Coalition est
constituée d’une quinzaine de groupes et de réseaux nationaux et
représente quelque 600 organismes au Québec. Les membres de la
Coalition oeuvrent au développement communautaire en matière
d’éducation et de formation, d’insertion et de réinsertion en
emploi, de développement local et communautaire et de promotion
et de défense des droits despersonnes exclues ou éloignées du
marché du travail.
La Coalition siège à la Commission des partenaires du
marché du travail et prend part activement aux débats entourant
le développement de la main-d’oeuvre au Québec.
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