Le vendredi 23 mai 2014
Que disent les médias et la littérature académique au sujet de la neurostimulation ? – Un nouveau rapport par les experts en éthique à l’IRCM soulève des questions et des préoccupations importantes sur la tDCS
MONTRÉAL, le 22 mai 2014 – Au cours des dernières
décennies, les techniques de neurostimulation telles que la stimulation
transcrânienne à courant direct (tDCS) ont peu à peu gagné l’intérêt du
grand public. Dans un nouveau rapport, publié hier dans la prestigieuse
revue scientifique Neuron, des experts en éthique à l’IRCM soulèvent des questions importantes
quant à l’augmentation de la couverture médiatique de la tDCS dans un
contexte où il y a un manque d’action réglementaire et que plusieurs
questions éthiques doivent être abordées.
La tDCS (transcranial direct current stimulation) est une forme non invasive de neurostimulation lors de laquelle un
faible courant constant est induit directement à une partie du cerveau
à l’aide de petites électrodes. Développé à l’origine pour aider les
patients avec des lésions cérébrales comme un accident vasculaire
cérébral, la tDCS est maintenant également utilisée pour améliorer la
langue et la capacité mathématique, la durée d’attention, la résolution
de problèmes, la mémoire, la coordination et même les habilités au jeu
vidéo. Le rapport indique que, récemment, la tDCS a été annoncée comme
étant un dispositif thérapeutique et d’amélioration des performances
cognitives « portable, sans douleur, abordable et sécuritaire », ce qui
a créé beaucoup d’enthousiasme auprès du grand public et du milieu
académique.
« Malgré ces affirmations, il est difficile de prévoir les effets de la
tDCS. La sécurité et l’efficacité de la tDCS ont seulement été
démontrées dans des environnements contrôlés en laboratoire et, sans
supervision, l’utilisation de la tDCS pour l’amélioration des
performances cognitives pourrait entraîner de graves effets
indésirables, tels que la paralysie respiratoire » a expliqué Eric
Racine, Ph. D., directeur de l’unité de recherche en neuroéthique à
l’IRCM et superviseur du projet de recherche.
Le rapport démontre que la quantité d’information disponible au public
sur la tDCS a augmenté de façon ahurissante au cours des dernières
années, à la fois dans les articles académiques et dans les médias
imprimés. Les chercheurs de l’IRCM ont analysé l’information disponible
et ont trouvé un écart considérable dans le ton et l’orientation des
articles académiques par rapport à ceux de la presse écrite.
Alors que les articles académiques étaient axés sur l’utilisation
thérapeutique et expérimentale de la tDCS, la discussion dans les
articles de la presse écrite se concentraient principalement sur
l’amélioration des performances cognitives, ainsi que sur les
applications thérapeutiques. Par ailleurs, les propos des médias
étaient optimistes, contenant très peu d’information sur les enjeux
éthiques, les limites thérapeutiques ou les effets secondaires
potentiels, tandis que les articles académiques offraient
habituellement un discours plus équilibré.
« Nous avons trouvé, dans les titres d’articles de la presse écrite, de
fortes déclarations potentiellement trompeuses à propos des
applications et des effets réels de la tDCS. Dans l’ensemble de notre
échantillon d’articles, seulement 3,5 % d’entre eux recommandaient la
prudence ou citaient la possibilité d’effets indésirables » a dit
Veljko Dubljevic, Ph. D., stagiaire postdoctoral à l’unité de recherche
en neuroéthique à l’IRCM et premier auteur du rapport.
Compte tenu de l’absence de réglementation régissant l’utilisation de la
tDCS, le rapport explique que les discours académique et de la presse
écrite pourraient influencer la perception du public quant aux risques
et avantages de la tDCS, inspirer l’adoption de cette technologie et,
par conséquent, avoir un impact négatif sur la surveillance
réglementaire et l’éthique.
« Avec l’évolution rapide de la tDCS dans le domaine public et le milieu
académique, nous recommandons trois champs d’action pour lutter contre
les conséquences sociales, éthiques et politiques. D’abord, pour
réduire les malentendus au sujet de la tDCS, les associations
professionnelles, les chercheurs et les organismes gouvernementaux
devraient travailler à accroître les connaissances neuroscientifiques
en fournissant des données neutres et impartiales au public et aux
médias. Ensuite, les dispositifs, ainsi que leur commercialisation et
leur fabrication, doivent être surveillés et réglementés. Il y aurait
aussi lieu de développer des programmes de formation et d’octroi de
licences. Finalement, nous croyons que les médecins et autres
cliniciens devraient s’engager activement dans la discussion sur les
aspects éthiques, cliniques et politiques de la tDCS » a ajouté le Dr
Dubljevic.
« Le manque de réglementation actuel rend la tDCS facilement disponible
dans plusieurs pays en tant que service, produit ou même comme
dispositif fait maison, et ce, sans direction des décideurs. Il y a
donc un besoin urgent de répondre aux aspects politiques et
réglementaires de la tDCS » a conclu le Dr Racine.
À propos de l’étude
Ce projet de recherche a été subventionné par le Conseil de recherches
en sciences humaines. Les auteurs du rapport comprennent également
Victoria Saigle, assistante de recherche à l’IRCM dans l’unité de
recherche en neuroéthique. Pour plus d’information, veuillez consulter
l’article publié en ligne par Neuron : http://www.cell.com/neuron/abstract/S0896-6273(14)00389-4.
À propos d’Eric Racine
Eric Racine est professeur agrégé de recherche IRCM et directeur de
l’unité de recherche en neuroéthique. Il a obtenu son doctorat en
sciences humaines appliquées (option bioéthique) de l’Université de
Montréal. Le Dr Racine est professeur-chercheur agrégé au Département
de médecine (accréditation en médecine sociale et préventive et en
bioéthique) de l’Université de Montréal. Il est aussi professeur
associé au Département de médecine (Division de la médecine
expérimentale) et au Département de neurologie et de neurochirurgie de
l’Université McGill. Le Dr Racine est membre affilié de l’unité
d’éthique biomédicale de l’Université McGill. Il est chercheur-boursier
du Fonds de recherche du Québec – Santé. Le Dr Racine poursuit des
travaux de recherche visant à améliorer, sur le plan de l’éthique, la
qualité des soins de santé, la pratique de recherche et la
communication publique dans le domaine des neurosciences cliniques et
fondamentales. Pour plus d’information, visitez le www.ircm.qc.ca/racine.
À propos de Veljko Dubljevic
Veljko Dubljevic est un stagiaire postdoctoral dans l’unité de recherche
en neuroéthique à l’IRCM. Il a obtenu un doctorat en sciences
politiques et théorie politique de l’Université de Belgrade et
soutiendra sa thèse en juin pour un doctorat en philosophie et
neuroéthique des Universités de Tübingen et Stuttgart. Les recherches
du Dr Dubljevic se concentrent principalement sur l’éthique des
neurosciences et de la technologie et les neurosciences de l’éthique.
Ses intérêts de recherche comprennent aussi la bioéthique, la théorie
politique, la théorie morale, l’éthique des affaires et la philosophie
du droit. Il a publié plus de 30 articles sur la philosophie morale,
légale et politique et sur la neuroéthique. Il s’engage aussi dans les
activités de l’International Neuroethics Society (INS) et est membre du
comité de communication de l’INS.
À propos de l’IRCM
Créé en 1967, l’Institut de recherches cliniques de Montréal (www.ircm.qc.ca) regroupe aujourd’hui 35 unités de recherche spécialisées dans des
domaines aussi variés que l’immunité et les infections virales, les
maladies cardiovasculaires et métaboliques, le cancer, la neurobiologie
et le développement, la biologie intégrative des systèmes et la chimie
médicinale, et la recherche clinique. Il compte aussi quatre cliniques
spécialisées, huit plateaux technologiques et trois plateformes de
recherche dotées d’équipement à la fine pointe de la technologie. Plus
de 425 personnes y travaillent. L’IRCM est une institution autonome
affiliée à l’Université de Montréal et sa clinique est associée au
Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). L’Institut
entretient également une association de longue date avec l’Université
McGill. L’IRCM est financé par le ministère de l’Économie, de
l’Innovation et des Exportations du Québec.
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