Le jeudi 15 novembre 2012
Vives inquiétudes quant au respect du droit au logement en Estrie
SHERBROOKE, QC, le 13 nov. 2012 – La Commission populaire
itinérante sur le droit au logement, formée à l’initiative du Front
d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), était à Sherbrooke
aujourd’hui pour entendre des témoignages sur la situation de
l’habitation en Estrie. Une vingtaine de groupes et individus ont
exprimé de vives inquiétudes quant au respect du droit au logement dans
la région.
L’Estrie était la douzième région visitée par la Commission qui a débuté
ses travaux, le 12 octobre, au Nunavik. Au terme de ses audiences, le
23 novembre, la Commission aura visité les 17 régions administratives
du Québec et entendu des centaines de témoignages. Elle rédigera alors
un rapport contenant des observations et des recommandations. Celui-ci
sera remis aux gouvernements fédéral et québécois en février 2013. Les
commissaires présents à Sherbrooke étaient Marcel Duhaime de la Ligue
des droits et libertés, Martin Gallié, professeur en droit au logement
de l’Université du Québec à Montréal et Yannick S. Mondion, militant
impliqué sur les enjeux d’itinérance et d’hébergement jeunesse.
La pénurie est finie, les conséquences restent
La situation de l’habitation en Estrie a été exposée sous différents
angles tout au long de l’après-midi. Il en ressort que, si la pénurie
de logements locatifs, qui a durement frappé la région métropolitaine
de Sherbrooke, est terminée depuis 2009, elle a laissé des traces
profondes, dont la hausse du coût moyen des logements et l’aggravation
du problème d’incapacité de payer. Normand Couture, coordonnateur de
l’Association des locataires de Sherbrooke, s’en alarme : « La Société
canadienne d’hypothèques et de logement évaluait déjà, à partir des
données du recensement de 2006, que 6 700 ménages locataires de la
région métropolitaine avaient des besoins impérieux de logement, la
plupart parce qu’ils payaient trop cher pour se loger par rapport à
leurs revenus. Or, le loyer a augmenté de 16 % depuis ce moment, ce qui
n’a pu qu’aggraver le problème ».
Il ajoute que le taux de chômage atteignait 8,8 % en Estrie au troisième
trimestre de 2012, alors que celui d’aide sociale était de 7,9 %. «
C’est dans les deux cas supérieur à la moyenne québécoise », précise M.
Couture. Il ne voit pas comment le nombre alarmant de causes de
non-paiement de loyer au bureau régional de la Régie du logement
pourrait baisser dans les circonstances : « Au cours des trois
dernières années, le nombre moyen de causes de non-paiement de loyer a
été de 1 485 par année. Or, en 2006-2007, ce nombre était de 1 284. Il
a donc augmenté de près de 16 % ».
Les logements sociaux
À une semaine du budget du ministre des Finances, Nicolas Marceau, Maude
Ménard-Dunn, organisatrice au FRAPRU a lancé un appel au gouvernement
péquiste : « Durant la campagne électorale, le Parti québécois s’est
engagé à financer au moins 3 000 logements sociaux par année pendant
cinq ans à l’échelle du Québec. Non seulement cet engagement doit-il
être respecté sans tarder, mais il doit absolument être revu à la
hausse si le gouvernement québécois veut s’acquitter de ses
responsabilités à l’égard du droit au logement ». Elle rappelle qu’à
l’échelle du Québec, 261 000 ménages locataires ont des besoins
impérieux de logement. Les listes d’attente pour un HLM comptent plus
de 38 000 noms, dont 1 739 en Estrie.
Le FRAPRU réclame également que le gouvernement fédéral, dirigé par
Stephen Harper, accroisse, dès son prochain budget prévu pour mars
2013, ses investissements dans l’aide au logement. Ceux-ci se chiffrent
présentement à 238,7 millions $ par année pour tout le Canada, dont
57,7 millions au Québec. « Il s’agit des plus basses sommes investies
par Ottawa depuis 2001 », s’offusque Mme Ménard-Dunn.
Elle se dit d’autant plus alarmée que les subventions que le
gouvernement fédéral verse depuis des décennies à des logements sociaux
existants ont déjà commencé à se terminer, notamment en Estrie, et que
ce phénomène s’accélèrera dangereusement dans les prochaines années. À
terme, 2 312 logements de type HLM ne recevront plus de subventions
fédérales en Estrie. Ce sera aussi le cas d’un millier de logements
coopératifs et de centaines de logements gérés par des organismes sans
but lucratif (OSBL). Le FRAPRU craint que ce ne soit l’accessibilité
financière de ces logements qui souffre le plus de la fin de ces
subventions, ce qui pourrait nuire non seulement aux locataires qui
demeurent présentement dans ces logements, mais à tous les ménages qui
en auront besoin par la suite.
Renseignements :
FRAPRU : Maude Ménard-Dunn (514) 708-1050 (cellulaire)
Association des locataires de Sherbrooke: Normand Couture (819) 432-4173 (cellulaire)
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