Le jeudi 25 octobre 2012
La pénurie de logements qui frappe la Côte-Nord préoccupe la Commission populaire sur le droit au logement
SEPT-ÎLES, QC, le 24 oct. 2012 – Comment la pénurie de
logements locatifs, qui frappe de plus en plus durement la Côte-Nord,
affecte-t-elle le respect du droit au logement? C’est cet enjeu qui a
été au cœur des audiences tenues aujourd’hui à Sept-Îles par la
Commission populaire itinérante sur le droit au logement. Pour se faire
un point de vue à ce sujet, la Commission, formée à l’initiative du
Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), a recueilli
les témoignages de personnes aux prises avec des problèmes de logement
dans la région, de même que d’organismes préoccupés par cet enjeu, dont
Opération Quadruple qui a organisé l’audience de Sept-Îles. Celle-ci a
été précédée d’une action théâtrale à laquelle a participé une centaine
de personnes, dont une cinquantaine de membres du FRAPRU provenant de
diverses régions au Québec.
Comme dans les 16 autres régions administratives qui ont reçu ou
recevront sa visite, la Commission a cherché à mettre des visages et
des paroles sur les problèmes d’habitation, ainsi qu’à évaluer leurs
impacts sur d’autres droits, par exemple ceux à l’alimentation, à la
santé, à la sécurité, à l’égalité, à l’éducation, à la justice, etc. Au
terme de ses travaux, elle rédigera un rapport qui sera envoyé aux
gouvernements fédéral et québécois avant leurs budgets prévus pour mars
2013.
Les commissaires qui ont fait le voyage à Sept-Îles étaient Jean-Marc
Piotte, professeur émérite du département de science politique de
l’UQAM et auteur de nombreux articles et livres, Marcel Duhaime,
représentant de la Ligue des droits et libertés du Québec, et Céline
Bellot, professeure à l’École de service social de l’Université de
Montréal et membre du Collectif de recherche sur l’itinérance, la
pauvreté et l’exclusion sociale. Une personne, représentant la
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du
Québec, devait aussi assister à l’audience.
Une pénurie qui fait mal
Doris Nadeau, porte-parole d’Opération Quadruple, a souligné que le taux
de logements inoccupés, qui devrait être de 3 % pour être considéré
comme équilibré, y est dix fois inférieur à Sept-Îles, ce qui se
répercute sur d’autres municipalités comme Havre Saint-Pierre ou
Port-Cartier. La rareté de logements locatifs commence même à s’étendre
à Baie-Comeau, qui était jusqu’ici épargnée.
Selon M. Nadeau, ce sont les ménages à plus faible revenu qui font
davantage les frais de cette crise du logement : « Les personnes à
revenu plus élevé, en particulier celles qui viennent de l’extérieur de
la région pour profiter du boom économique actuel, parviennent toujours
à se loger. C’est beaucoup plus dur pour les locataires dont le revenu
n’a pas augmenté malgré la manne. Ces ménages doivent vivre de la
discrimination dans la recherche d’un logement et quand ils en trouvent
un, ils ont à y consacrer un pourcentage beaucoup trop élevé de leur
revenu ». Il souligne, à cet égard, que le loyer moyen des logements
privés a augmenté de 9 % à Sept-Îles, entre les automnes 2009 et 2011.
Il ajoute que ces locataires doivent aussi se rabattre sur les
logements en moins bon état, en ajoutant que, lors du recensement de
2006, 1 logement sur 10 avait déjà besoin de rénovations majeures sur
la Côte-Nord et à Sept-Îles en particulier.
François Saillant, coordonnateur du FRAPRU, s’est, pour sa part, dit
inquiet du problème de surpeuplement des logements dans les communautés
innues voisines de Sept-Îles : « Déjà, en 2006, 8,6 % des logements de
Uashat et 4,2 % des logements de Mani-Utenam étaient surpeuplés. Or,
selon les premières données du recensement de 2011, la population y a
respectivement augmenté de 24,8 % et de 17 %! ». Il estime qu’un tel
surpeuplement des logements ne peut qu’avoir des impacts négatifs sur
la santé de la population et y aggraver les problèmes sociaux auxquels
elle est confrontée.
Poser des gestes
Opération Quadruple et le FRAPRU estiment que les gouvernements ont le
devoir de tout mettre en œuvre pour assurer le respect et la mise en
œuvre du droit au logement. Sur la Côte-Nord, cela passe, à leur avis,
par la construction d’un nombre beaucoup plus grand de logements
sociaux, ce qui aurait pour effets à la fois d’augmenter l’offre de
logements et de répondre aux besoins des ménages les plus en
difficulté.
Au 31 décembre 2010, à peine 126 logements sociaux avaient été réalisés
sur la Côte-Nord avec le programme AccèsLogis pourtant en place depuis
1998. Pour François Saillant, cela ne sera toutefois possible que si le
nombre de logements sociaux financés à l’échelle du Québec augmente
substantiellement : « Ce n’est pas en finançant 2 500 logements
sociaux pour tout le Québec, comme les gouvernements fédéral et
québécois le font en 2012-2013, que l’on pourra répondre aux besoins
urgents de la Côte-Nord, mais aussi de toutes les autres régions au
Québec ».
Le FRAPRU demande au gouvernement conservateur de Stephen Harper
d’augmenter considérablement ses investissements qui sont présentement
à leur plus bas depuis dix ans. Il réclame du même souffle que le
gouvernement péquiste de Pauline Marois fasse de même, avec l’objectif
de dépasser de loin l’engagement pris lors de la dernière campagne
électorale de financer 3 000 logements sociaux par année pendant cinq
ans, ce qui est nettement insuffisant, selon l’organisme national.
Renseignements :
François Saillant, FRAPRU, (514) 919-2843 (cellulaire)
Doris Nadeau, Occupation Quadruple, 418-965-4515
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