Le mardi 1 mai 2012
Tête blanche et carré rouge
Entre autres avantages, l’exercice du regard sociologique associé à une certaine expérience des terrains de l’intervention sociale permet parfois de distinguer dans l’action de la société sur elle-même, les signes, au départ anodins ou trop modestes, d’un mouvement social naissant et prometteur…
Le mouvement étudiant, au-delà de sa revendication contre la hausse des frais de scolarité, me semble en être, et pour plusieurs raisons.
- Pour la première fois depuis longtemps, une génération se lève pour se porter à la défense d’un droit fondamental, le droit à l’éducation, à son accessibilité universelle, et même à sa gratuité.
- À un moment où sont bradées nos richesses «naturelles» et nos capacités de transformation industrielle de celles-ci, les jeunes proclament qu’ils constituent collectivement une richesse humaine potentielle, économique, sociale, culturelle et réclament le droit de transformer cette richesse en contributions concrètes au développement général du Québec.
- Alors qu’à Ottawa, le gouvernement de l’équipe Harper s’attaque sans vergogne à tous les acquis sociaux durement gagnés par leurs aînés, les jeunes se tiennent debout pour esquisser un paradigme social renouvelé à base de justice, de «sécurité sociale» et d’éducation pour tous.
- Mais avez-vous remarqué l’aspect intergénérationnel de ce mouvement ? Après les parents, présents auprès de leurs enfants, et à l’initiative de Lorraine Guay, un groupe d’aînés est venu appuyer la lutte étudiante. L’événement mérite d’être souligné, car il peut marquer le début d’un mouvement social organisé sur la base d’un droit universel à l’éducation, et reposant donc sur la solidarité entre les générations.
Or, quand nous examinons les diverses interventions des décideurs publics en direction des aînés, nous constatons le plus souvent
- un assistanat protecteur et paternaliste;
- un clientélisme politique visant à conquérir ou à maintenir en dépendance une masse d’aînés réputés «conservateurs»;
- la médiatisation forcenée d’une retraite activiste ou agitée (et non active), aux apparences «jeunistes» et soi-disant autonomes.
- une régression des droits acquis, en particulier sur les revenus de retraite;
- une multiplication des abandons, abus, négligences et autres formes de maltraitance des aînés, de la part de leur proche entourage, mais aussi des institutions de soins censées les protéger.
L’initiative de Lorraine Guay et de ses camarades aînés marque un signe précurseur et un tournant majeur en faveur de l’exercice collectif d’une retraite active ET CITOYENNE, où les aînés
- s’impliquent résolument pour répondre aux besoins de leurs communautés de vie;
- s’associent publiquement avec les générations qui les suivent pour bâtir des formes nouvelles du vivre ensemble, de la solidarité, des droits de tous et de chacun;
- luttent contre le jeunisme, l’âgisme et toute forme de discrimination;
- se considèrent et se font reconnaître comme des citoyens adultes, actifs, utiles et intégrés, créatifs et ouverts.
Avec nos Cafés des âges, nos Ateliers de retraite active et citoyenne et toutes nos autres actions collectives, sur nos sites et blogues et à travers nos réseaux, Espaces 50+ fait sa part (même sans subventions !), mais nous sommes prêts à en faire davantage, dans le cadre d’alliances à penser et organiser, pour que les petites pousses vertes de ce début de printemps réalisent leurs promesses.
Source : Édito de M. Jean Carette – infolettre Espaces 50+ – mai 2012
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