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Chronique

Les aînés. Combien sont-ils ? Qui sont-ils ? Cela varie selon le contexte : pour certains, il s’agit de personnes âgées de 55 ans et plus, pour d’autres, de 65 ans et plus. Au Québec, les 55 à 64 ans seraient 941 000 et les 65 ans et plus dépasseraient 1,1 million1. Par ailleurs, ce dernier groupe d’âge a connu une croissance de 11,5 % au cours des cinq dernières années. Il est clair cependant que le groupe des 55 à 64 ans est très différent de celui des 65 ans et plus, ne serait-ce que parce que beaucoup des premiers sont encore sur le marché du travail et que plusieurs ont eu à utiliser les technologies de l’information (TI) dans le cadre de leur vie professionnelle. Le fait d’analyser certains de leurs comportements permet ainsi d’évaluer qui seront sans conteste les aînés de demain.

Qui sont les aînés internautes2?

On croit parfois que les aînés ne connaissent rien à Internet. Pourtant, les chiffres montrent de plus en plus le contraire : 45 % des 55 ans et plus utilisent Internet de façon régulière et 33 % l’utilisent tous les jours. En outre, 62 % des 55 ans et plus ont un ordinateur à la maison ; ce taux grimpe à 70 % si seul le cas des 55 à 64 ans est considéré.

En fait, entre les 55 à 64 ans et les 65 ans et plus, on note de nombreuses différences dans l’utilisation des TI. Dans l’ensemble, les 55 à 64 ans se rapprochent de la moyenne nationale alors que les 65 ans et plus restent à la traîne. À titre d’exemple, 40 % des 55 à 64 ans utilisent Internet tous les jours en comparaison de 27 % des 65 ans et plus. Ce constat permet toutefois d’être optimiste puisque plus la génération des baby-boomers avance en âge, plus le taux d’internautes augmente, suivant du même coup la tendance générale où de plus en plus de personnes sont des adeptes d’Internet. Ainsi, l’écart en ce qui concerne l’utilisation d’Internet tend à diminuer entre les générations.

On remarque quelques traits prédominants chez les aînés internautes. Ainsi, en majorité, ils :
  • sont des baby-boomers (55 à 64 ans) ;
  • sont des hommes ;
  • sont parmi les mieux nantis (revenu annuel moyen supérieur à 60 000 $) ;
  • sont parmi les plus diplômés (essentiellement des diplômes universitaires) ;
  • travaillent encore ;
  • habitent les régions urbaines.
Quels usages les aînés font-ils d’Internet ?
En moyenne, les aînés passent 5,6 heures par semaine sur Internet alors que l’ensemble des adultes du Québec y consacre environ 6,3 heures.

Parmi les activités auxquelles les aînés s’adonnent sur Internet, on retrouve le courriel (43 %), le clavardage (14 %) et les jeux en ligne ou en réseau (11 %). Les aînés s’informent aussi sur la santé (27 %) et répondent à des sondages d’opinion (20 %). De plus, 20 % d’entre eux consultent des blogues, mais seulement 4 % participent à des sites de réseautage.

De plus en plus de citoyens s’informent sur le Web avant d’aller aux urnes. Les élus auraient tort de négliger cette voie s’ils veulent séduire les aînés. En effet, 9,7 % des 65 ans et plus ont consulté ou participé à un blogue qui s’intéressait à l’élection provinciale de 2006, comparativement à 8,5 % pour l’ensemble du Québec.

Quel est le portrait de la visite des sites gouvernementaux par les aînés ?

Les aînés visitent le site de leur municipalité autant que la population des autres tranches d’âge. Par contre, les internautes de 65 ans et plus visitent les sites du gouvernement du Québec dans une proportion de 49,6 %, ce qui est moins que le reste de la population (68 %). Cela représente seulement 19,5 % des aînés lorsque l’on inclut aussi les aînés non-internautes. On observe la même tendance chez les 55 à 64 ans, mais de façon moins significative : 59,9 % des internautes visitent les sites du gouvernement du Québec, mais cela ne correspond qu’à 37,5 % des 55 à 64 ans. Les sites du gouvernement fédéral sont consultés par 43,9 % des internautes âgés de 65 ans et plus alors que la moyenne des autres internautes est de 58,2 %. Comment expliquer cette différence ? Est-ce simplement parce que les aînés n’utilisent pas beaucoup Internet ou parce qu’ils ne ressentent pas le besoin d’obtenir des services du gouvernement ?

Qu’est-ce qui motive les aînés à visiter les sites gouvernementaux ?

Alors que les raisons pour consulter les sites du gouvernement du Québec sont les mêmes chez les 55 à 64 ans que pour le reste de la population, les 65 ans et plus font bande à part. Ils les visitent moins que les autres pour obtenir de l’information : 82,3 % comparativement à 92,1 % pour l’ensemble des adultes. Chez les 65 ans et plus, 69,6 % de ceux qui n’ont pas visité les sites du gouvernement se sont abstenus parce qu’ils estiment ne pas avoir besoin de services ou d’informations provenant du gouvernement et 40,8 % parce qu’ils ne sont pas vraiment au courant de ce qui est offert dans les sites du gouvernement. Toutefois, les aînés consultent davantage ces sites que les autres pour participer à une consultation ou à un sondage : 15,7 % comparativement à 5,7 %. Ils se démarquent aussi des autres groupes d’âges en jugeant à 36,3 % que les sites du gouvernement sont trop compliqués à utiliser, alors que la moyenne pour l’ensemble de la population est de 13,0 % et que seuls 3,6 % des 55 à 64 ans évoquent cette raison. Par contre, les aînés affichent le même taux de satisfaction par rapport aux sites gouvernementaux que l’ensemble de la population.

Les sites du gouvernement sont-ils un moyen adapté pour fournir de l’information aux aînés ?
Les aînés de 65 ans et plus semblent se séparer en deux groupes distincts en ce qui a trait à leur habileté de navigation. D’une part, on trouve ceux qui sont très présents et très habiles sur la Toile. D’autre part, on trouve ceux qui éprouvent de grandes difficultés et qui utilisent peu les nouveaux outils technologiques ou qui ne les utilisent pas. En fait, le tiers (32 %) des aînés internautes se déclarent peu ou pas à l’aise avec Internet. Ainsi, si l’on tient compte uniquement des aînés qui visitent les sites gouvernementaux, on constate qu’ils les jugent tout aussi faciles d’utilisation que le font les internautes des autres groupes d’âges et, pas plus que les autres, ils ont été « incapables d’accomplir ce qu’ils cherchaient à faire sur un site du gouvernement du Québec ». En revanche, parmi les aînés qui n’ont pas visité de sites du gouvernement du Québec au cours de la dernière année, 67,6 % affirment que par le passé ils ont été « incapables d’accomplir ce qu’ils cherchaient à faire », comparativement à 44,6 % pour la population en général. Ce même groupe évoque aussi, comme principale raison pour ne pas visiter les sites, la navigation difficile (77,2 % contre 58,2 % pour l’ensemble de la population).


Toutefois, la situation des aînés est à la veille de changer. Avec le vieillissement des baby-boomers, on risque de connaître un accroissement de l’utilisation d’Internet dans la tranche d’âge des 65 ans et plus. En prenant leur retraite, les baby-boomers deviendront-ils les rois du Net ?

Cet article est tiré de l’édition de septembre du bulletin e-Veille réalisé pour le ministère des Services gouvernementaux. Consultez l’article en version intégrale et les autres articles du bulletin pour en apprendre davantage.

Sources :

CEFRIO, et Léger Marketing (2007). NETendances 2007: utilisation d’Internet au Québec.

Fusaro, Magda (2007). Le rôle des aînés dans le transfert intergénérationnel des technologies de l’information et de la communication au sein de la cellule familiale, Résultats préliminaires de la recherche, Chaire Unesco-Bell en communication et développement international, février 2007, 15 p.

Ipsos (2007). « “Digital divide” remains wide —only six-in-ten aged 55 have access to the Internet », 15 février.

Le Rouzic, Stéphanie, et Sandrine Prom Tep (2008). « Les seniors sont-ils devenus technos ? », Conférence Intracom 2008, 22 p., dans Stéphanie Le Rouzic (2008). « Les aînés et Internet », Horizons recherche, 25 juillet.

Turcotte, Martin, et Grant Schellenbert (2007). Un portrait des aînés au Canada, 2006, Statistique Canada, février, 321 p.

Date de publication
21 octobre 2008
Auteur(s)
Rédactrice : Karine Latulippe, chargée de projet, CEFRIO

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