Le vendredi 16 janvier 2015
Les loyers ont explosé sur le Plateau Mont-Royal, le nombre de locataires en grandes difficultés aussi
Montréal, le 15 janvier 2015 – Le Front d’action
populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et le Comité logement Plateau
Mont-Royal affirment que les loyers ont explosé dans ce quartier,
depuis le début des années 2000, ce qui a fait augmenter le nombre de
locataires en sérieuses difficultés financières. Les deux organismes
basent cette affirmation sur des données inédites provenant de l’Enquête nationale auprès des ménages menée par Statistique Canada en 2011.
Marie-José Corriveau, responsable des dossiers montréalais au FRAPRU,
précise que loyer médian a augmenté de 40 % sur le Plateau Mont-Royal
entre 2001 et 2011, ce qu’elle relie au phénomène de « gentrification »
connu dans le quartier: « En 2001, le loyer médian n’était que de 26 $
par mois plus élevé sur le Plateau qu’à l’échelle de Montréal. Dix ans
plus tard, l’écart était rendu à 79 $ par mois, le loyer médian
atteignant 763 $ sur le Plateau contre 684 $ à Montréal. L’attrait
particulier que continue d’exercer le quartier sur des populations plus
fortunées est directement en cause, puisqu’il provoque une intense
activité immobilière et une rareté persistante de logements locatifs
qui, à leur tour, contribuent à la hausse des loyers ».
Or, à 33 464 $ par année, le revenu médian des ménages locataires du
Plateau Mont-Royal n’est pas de beaucoup supérieur aux 32 629 $ obtenus à
la grandeur de la ville. La conséquence, c’est que davantage de
locataires paient un loyer nettement exagéré par rapport à leur revenu.
Ainsi, 18 115 ménages, représentant 44 % des locataires, consacrent plus
que la limite de 30 % de leur revenu pour se loger sur le Plateau. De
ce nombre, 11 015 en paient plus de 50 %, dont 6515 plus de 80 %.
Cette dernière statistique fait bondir Marie-José Corriveau : « Sur
le Plateau, 16 % des locataires doivent, mois après mois, verser plus
des 4/5 de leur revenu pour se loger, avec tous les effets que ça peut
avoir sur leur capacité de subvenir à leurs autres besoins essentiels
dont la nourriture. Il s’agit d’une augmentation hallucinante de 29 %
par rapport à la situation vécue en 2006. L’embourgeoisement du quartier
a un prix et les locataires à plus faible revenu en font les frais ».
La porte-parole du FRAPRU en veut pour preuve la situation des
personnes seules qui représentent la grande majorité des locataires du
quartier et dont le revenu médian est d’à peine 22 537 $ par an. Plus de
la moitié de ces personnes doivent payer plus de 30 % de leur revenu
pour se loger et un sur cinq en engloutir plus de 80 %. Les ménages
ayant immigré récemment au Canada sont également plus durement touchés,
près du quart de ceux arrivés entre 2006 et 2011 consacrant plus de 80 %
de leur revenu au loyer. Les loyers en cours sur le Plateau pénalisent
également les locataires dont l’âge se situe entre 15 et 24 ans. Pas
moins de 78 % de ces jeunes locataires paient plus que la norme de 30 %
de leur revenu en loyer dont 43 % plus de 80 %.
Le logement locatif en grave difficulté
Pour sa part, Vicky Langevin, organisatrice au Comité logement du Plateau, souligne une autre donnée inquiétante de l’Enquête nationale auprès des ménages,
soit la baisse du nombre de logements locatifs dans le quartier :
« Entre 2001 et 2011, le nombre de logements locatifs est passé de 44
135 à 41 225 sur le Plateau Mont-Royal, pour une perte de 2910
appartements. Or, durant ces dix ans, le nombre de logements occupés par
des propriétaires a pour sa part augmenté de 2690 ». Le pourcentage de
ménages locataires est conséquemment passé de 78 % à 73 % dans le
quartier.
S’appuyant sur des statistiques provenant de la Société canadienne
d’hypothèques et de logement, Vicky Langevin affirme que l’offre de
logements locatifs est loin de s’améliorer sur le Plateau : « Entre
2010 et 2013, à peine 46 logements locatifs privés et coopératifs ont
été mis en chantier, dont pas un seul au cours des deux années les plus
récentes. Or, durant les quatre mêmes années, la construction de 928
unités de condominiums a démarré dans le quartier. C’est 20 fois plus.
Pendant ce temps, des logements locatifs existants continuent de
disparaître en grand nombre, en raison de leur conversion en condos ».
Tout comme le FRAPRU, le Comité logement du Plateau considère que
seule la construction de nouveaux logements sociaux peut augmenter
l’offre de logements locatifs à un loyer qui soit pleinement accessible
aux locataires à revenu inférieur qui représentent une large part des
locataires du quartier. Les deux organismes joignent leur voix pour
réclamer que le gouvernement québécois annonce, dès son prochain budget,
le financement de 50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans à
l’échelle du Québec. « Parmi ces logements, 2400 pourraient se réaliser
sur le Plateau Mont-Royal, alors qu’à peine 435 y ont été réalisés
depuis le milieu des années 1990 », conclut Vicky Langevin.
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