Le mardi 18 février 2014
La « réforme Couillard » en santé : un échec selon ses propres objectifs
MONTRÉAL, le 18 févr. 2014 – Introduire en santé des
pratiques inspirées du privé ne réduit pas la centralisation du système
et fait même augmenter le personnel d’encadrement. Une note publiée
aujourd’hui par l’Institut de recherche et d’informations
socio-économiques (IRIS) révèle que les stratégies au centre de la
réforme entreprise il y a dix ans par Philippe Couillard s’avèrent
contre-productives.
En 2003, le ministère de la Santé a créé les Agences de la santé et des
services sociaux (ASSS) et les Centres de santé et de services sociaux
(CSSS). Ce changement de structure devait participer à l’introduction
d’une nouvelle « gouvernance » dans le système de la santé. Cette
approche devait réduire les coûts et la bureaucratie du système en
s’inspirant des pratiques du secteur privé alors célébrées pour leur
efficacité. Depuis, on cherche à implanter une logique de compétition
entre les établissements et on développe des méthodes de travail de
type Lean-Sigma qui accentuent la pression sur le personnel clinique
dans le but de le rendre plus efficace.
« L’introduction de cette gouvernance privée dans le secteur de la santé a
causé une augmentation du nombre de cadres dans le réseau et les
Agences ne sont pas étrangères à cette croissance. En effet, le ratio
d’employé.e.s par cadre est passé de 19 à 17,5 depuis 2003 alors que la
réforme de 2003 visait plutôt l’inverse. De plus, la pression exercée
sur les salarié.e.s n’a guère diminué et le réseau est plutôt aux
prises avec d’importants problèmes en matière d’épuisement
professionnel et de congés de maladie. Tous ces phénomènes participent
à augmenter les coûts de la santé plutôt que de les résorber » constate Guillaume Hébert, l’auteur de la note socio-économique.
L’introduction du privé en santé devait également contribuer à
décentraliser le système de santé. Les résultats ne sont pas non plus
au rendez-vous à ce chapitre.
« Le bilan de ces réformes inspirées du privé n’est pas concluant, au
contraire. La fameuse centralisation qu’on souhaitait tant combattre a
perduré. De fait, tant l’introduction de la méthode Lean que la mise en
place du financement à l’activité favorisent une centralisation de plus
en plus grande du réseau. Toutefois, cette centralisation est
dorénavant d’une autre nature, elle n’est plus fondée en principe sur
les besoins socio-économiques des populations, mais sur les soucis
d’optimisation à tout prix. En cherchant autant à surveiller, évaluer
et développer des indicateurs de performance, on s’engage dans une
dynamique qui n’a rien à voir avec l’allégement des structures et il
est par conséquent peu surprenant de constater un recul du personnel
clinique à l’emploi du réseau » constate Guillaume Hébert.
La note socio-économique La gouvernance en santé au Québec est disponible gratuitement sur : www.iris-recherche.qc.ca
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