Le mercredi 20 mars 2013
Droit au logement au Québec : il y a urgence en la demeure
MONTRÉAL, le 20 mars 2013 – Le rapport de 14 commissaires
qui ont parcouru le Québec pour vérifier l’application du droit au
logement présente une série de constats troublants : communautés
autochtones avec des problèmes criants de surpeuplement, locataires
forcées d’offrir des services sexuels pour payer leur loyer, nouvelles
formes d’itinérance dans les régions. Les universitaires, chercheurs et
représentant-es des mouvements sociaux, qui composaient la Commission
populaire itinérante sur le droit au logement, ont entendu les
témoignages de 361 personnes directement touchées par les problèmes de
logement et d’itinérance, ainsi que d’organismes confrontés à ces
situations dans 19 municipalités et communautés autochtones.
« Nous avons commencé notre tournée du Québec à Kuujjuaq et nous l’avons
terminée dans la communauté Anishnabe de Lac Simon. La situation du
logement dans ces communautés est à un niveau que la plupart des
Québécois et des Québécoises n’imaginent pas. De façon répétée, on nous
a parlé de ces petites maisonnettes, prévues pour accueillir une
famille, dans lesquelles s’entassait une quinzaine de personnes :
s’attribuant des tours pour dormir sur le sofa et souffrant d’un manque
constant d’intimité. Le Nunavik a besoin de toute urgence de 1 000
nouveaux logements, alors qu’il faudrait doubler le nombre de logements
disponibles dans les communautés des Premières Nations qui, comme Lac
Simon, ne reçoivent présentement que le financement pour construire
deux ou trois maisons par année. Avec l’explosion démographique que
connaissent ces communautés, la situation ne peut aller qu’en
s’aggravant», lance Marcel Duhaime commissaire et membre du conseil d’administration
de la Ligue des droits et libertés.
Pour vérifier quel est l’état du droit au logement, la Commission
populaire itinérante a visité l’ensemble des régions administratives du
Québec. Rassemblé-es à l’appel du FRAPRU, les commissaires ont eu
pleine latitude et indépendance pendant les audiences et la rédaction
du rapport.
« Nous avons été consterné-es par la nature de certains témoignages que
nous avons recueillis. Dans certaines régions, la crise du logement est
telle que des gens se retrouvent sans domicile fixe, passant d’un ami à
un parent, avant de finir par vivre dans leur voiture. Souvent ces
graves pénuries sont causées par des dynamiques économiques régionales,
ici le tourisme, là l’extraction des ressources : jamais on ne semble
avoir prévu de stratégies pour contrer les effets pervers sur le
logement. Plus préoccupant encore, plusieurs femmes ont témoigné
qu’elles avaient été contraintes à consentir des faveurs sexuelles pour
éviter d’être évincées d’un logement, sachant très bien qu’elles ne
trouveraient pas d’autre lieu où aller vivre. À tous ces cas s’ajoutent
plusieurs histoires de misère ordinaire, de racisme et de sexisme de
tous les jours qui nous ont été rapportées comme étant le quotidien de
nombre de gens dans leur rapport au logement », constate la commissaire Lucie Lamarche, experte en droits humains et
professeure de droit à l’Université d’Ottawa.
Le rapport présente 21 recommandations pour améliorer et garantir le
respect du droit au logement, la principale étant l’adoption d’une
politique intégrée d’habitation par le gouvernement du Québec. Quant au
gouvernement fédéral, la Commission lui demande d’intensifier son
soutien financier aux programmes d’habitation du Québec. « Les municipalités se trouvent au cœur du problème du logement au
Québec. Rarement elles conçoivent un plan d’urbanisme, elles sont
encouragées par leur mode de perception fiscal à favoriser le
développement de condo et elles ne se donnent pas les moyens de faire
respecter le droit minimal de leurs citoyens de vivre dans des
logements décents et salubres. Avec le vieillissement du parc locatif
au Québec et les difficultés de le renouveler, la situation promet
d’être bientôt intenable » conclut Lucie Lamarche.
Le rapport Urgence en la demeure est disponible sur le site web : www.commissionpopulairefrapru.org
Renseignements :
Simon Tremblay-Pepin, commissaire et responsable aux communications, 514-814-1522
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